Autres journaux


samedi 31 janvier 2026 à 07:05

SNCF et Trenitalia : trains, territoires et quotidien.

  Pourquoi l’avenir du rail se joue aussi à Montceau



 

 

Alors que l’ouverture à la concurrence bouleverse le paysage ferroviaire français, la question des dessertes et des services en gare revient avec force dans le bassin Creusot–Montceau. Le président de la Communauté urbaine, David Marti, a adressé des courriers à la SNCF, à la Région et à Trenitalia, sur un enjeu majeur pour la vie quotidienne, l’économie locale et l’attractivité du territoire. Montceau News a creusé cette question essentielle pour en savoir plus et comprendre l’ensemble des tenants et aboutissants.

 

La gare TGV Le Creusot–Montceau–Montchanin, implantée à Écuisses, constitue depuis plus de quarante ans un atout majeur pour le bassin minier. C’est une gare TGV stratégique. Elle permet de rejoindre Paris en moins d’1 h 30, Lyon en 40 minutes, et relie le territoire aux grands réseaux nationaux et européens. Mais aujourd’hui, cette position est fragilisée.

Depuis l’arrivée de nouveaux opérateurs sur les lignes à grande vitesse, notamment l’italien Trenitalia, certains trains ne marquent plus d’arrêt en Saône-et-Loire. Entre Paris et Lyon, les trains concurrents privilégient les grandes métropoles et ignorent les gares intermédiaires comme Le Creusot ou Mâcon. Pour le président de la communauté urbaine, le message est clair : « Une gare TGV sans desserte équilibrée perd son rôle structurant. »

 

Il ne faut pas se leurrer, mais cette concurrence change les règles du jeu. L’ouverture du marché ferroviaire, voulue par l’Union européenne et mise en œuvre en France depuis plusieurs années, vise à faire baisser les prix et à améliorer l’offre. Dans les faits, elle introduit surtout une logique nouvelle : la rentabilité prime. De ce fait, les opérateurs choisissent désormais leurs arrêts en fonction du nombre de voyageurs, du temps perdu à quai et du coût d’exploitation. Le résultat est flagrant : les territoires intermédiaires, comme le bassin Creusot–Montceau, deviennent plus vulnérables. Pour Trenitalia, encore déficitaire en France, l’objectif est d’abord de consolider ses lignes les plus fréquentées. Les arrêts secondaires passent au second plan. De son côté, la SNCF, confrontée à cette concurrence, doit elle aussi optimiser ses circulations pour rester compétitive, parfois au détriment des dessertes locales.

 

Mais au-delà du TGV, la question concerne aussi les gares TER de Montceau-les-Mines, Montchanin et Le Creusot. Et ces gares desservent le cœur du territoire en prise directe avec la vie quotidienne de ses habitants. Ces gares ne sont pas de simples points d’arrêt. Elles sont des lieux de vie, d’information, d’accompagnement. Chaque jour, elles servent aux salariés se rendant à Chalon, Dijon ou Lyon, aux étudiants, aux apprentis, aux personnes âgées se rendant à des rendez-vous médicaux, aux usagers sans voiture, etc. Or, la réduction progressive des effectifs et la fermeture de guichets inquiètent. Pour de nombreux habitants, la présence humaine reste indispensable, notamment pour les personnes peu à l’aise avec les outils numériques. « Le train sans agent, c’est un service sans visage », résume un usager montcellien.

 

Les habitants ont un point de vue qui oscille entre attachement et fatigue. Dans le bassin minier, le train fait partie de l’histoire collective. Il a accompagné l’essor industriel, les reconversions, les mobilités professionnelles. Aujourd’hui encore, de nombreux habitants restent fidèles au rail. Mais la lassitude progresse. Retards, suppressions, correspondances incertaines, information parfois confuse : beaucoup disent vivre leurs déplacements comme un parcours du combattant. Il faut être conscient que, pour les actifs travaillant à Lyon ou à Dijon, les marges de sécurité s’allongent ; que, pour les étudiants, chaque correspondance ratée devient un casse-tête ; que, pour les seniors, l’absence d’interlocuteur en gare est source d’angoisse. Progressivement, certains se tournent vers la voiture, faute de mieux.

 

L’interconnexion est encore largement insuffisante et c’est un autre point central de la problématique la liaison entre TGV et TER. Aujourd’hui, les correspondances entre la gare TGV et les réseaux locaux restent imparfaites. Les horaires ne sont pas toujours coordonnés, les temps d’attente peuvent être longs, et les parcours peu lisibles. Pour les élus, améliorer cette interconnexion est essentiel pour renforcer l’attractivité du train et limiter l’usage de la voiture. Il en va ainsi pour tout la communauté urbaine et bien au-delà.

 

La situation n’est pas simple, entre la Région, la SNCF, les opérateurs, il est difficile de trouver des équilibres. La Région Bourgogne–Franche-Comté, qui finance les TER, se trouve au cœur du système. Elle doit concilier qualité de service, contraintes budgétaires et ouverture à la concurrence. Chaque train supplémentaire, chaque agent maintenu, représente un coût. La SNCF, elle, tente de préserver un équilibre économique fragilisé par la concurrence. Quant à Trenitalia, elle raisonne avant tout en termes de performance commerciale. Chacun agit selon sa logique. Mais le résultat est parfois difficilement lisible pour les usagers. Et ce sont eux qui supportent ces résultats à leur corps défendant.

La desserte ferroviaire ne concerne pas seulement les déplacements. Elle conditionne aussi le développement économique. Et c’est un enjeu majeur pour le territoire. Pour attirer des entreprises, recruter des cadres, développer des filières industrielles ou technologiques, l’accessibilité est un critère déterminant. Un territoire mal desservi devient moins attractif. À l’heure où le bassin Creusot–Montceau cherche à consolider sa reconversion industrielle, le rail reste un levier stratégique.

 

La mobilisation des élus locaux ne s’est jamais démentie, mais les temps présents au niveau économique, politique, social demandent un interventionnisme plus percutant. C’est le sens des courriers adressés à la SNCF, à Trenitalia et à la Région pour demander des arrêts TGV équilibrés, défendre le maintien des guichets, relancer le projet d’interconnexion, améliorer les horaires. L’objectif est de peser dans les négociations et d’éviter un déclassement progressif du territoire. Ces négociations entre la SNCF, la Région et Trenitalia se déroulent principalement à Dijon et à Paris, dans des instances techniques et institutionnelles. Elles ont lieu tout au long de l’année, avec des temps forts lors de la préparation des nouveaux horaires. Elles portent sur les sillons, les arrêts, les correspondances et les équilibres financiers. La Région y défend la cohérence du réseau et le service public. La SNCF cherche à préserver ses positions face à la concurrence. Trenitalia privilégie pour l’instant les axes les plus rentables, ce qui pèse sur les gares intermédiaires.

 

Existe-t-il un avenir pour le rail dans le bassin minier ? Et lequel ?

Deux scénarios se dessinent. Sans action forte, la tendance pourrait être à une lente érosion : moins d’arrêts, moins de services, plus de voitures. Mais avec une stratégie concertée, en revanche, il est possible de renforcer l’offre, d’améliorer les correspondances et de consolider le rôle du rail.

Cela suppose un dialogue renforcé entre acteurs, des engagements clairs, une prise en compte réelle du vécu des usagers.

 

Il s’agit là d’une question de quotidien et d’égalité car au-delà des chiffres et des contrats, la question ferroviaire touche à l’essentiel : la capacité de vivre, travailler et se déplacer dignement dans le bassin minier. Pour de nombreux habitants, le train n’est pas un luxe. C’est un outil d’inclusion, d’égalité et de liberté. L’enjeu dépasse donc largement les quais et les horaires. Il concerne l’avenir même du territoire.

 

Ce qui se joue aujourd’hui autour du train concerne directement le quotidien, l’emploi et l’avenir du bassin minier. Sans desserte fiable et humaine, le territoire risque de décrocher silencieusement. Défendre les gares, ce n’est pas défendre un privilège, mais le droit à l’égalité et à la mobilité. Les décisions se prennent loin du terrain, mais leurs conséquences se vivent ici, chaque jour. Habitants, élus et usagers ont donc un rôle essentiel pour se faire entendre. Voilà pourquoi l’avenir du rail se joue aussi à Montceau, et dépend de cette mobilisation collective.

 

Gilles Desnoix

 

Sources : Montceau News, Creusot Infos, Communauté Urbaine Creusot Montceau (CUCM), Courriers officiels de David Marti, Région Bourgogne–Franche-Comté – Direction des mobilités, SNCF Voyageurs / Groupe SNCF, SNCF Réseau, Trenitalia France, Site TER SNCF Bourgogne–Franche-Comté, Ministère des Transports

 

illustration-trains-gares-310126

 

 



Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.


» Se connecter / S'enregistrer