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lundi 18 mai 2026 à 05:29

La Claudine aime bien le week-end, mais parfois le lundi est le bienvenu.

    OMB,  le zouk et les tambours de la mémoire : quand les Antilles font battre le cœur d’un peuple



 

 

 

Une semaine de passée, plus en fait, du 4 au 13 mai, le festival OMB et jusqu’au 17 l’exposition « Résistant-e-s contre l’esclavage ». La Claudine a vécu avec tout le bassin minier et bien ailleurs, le 17ᵉ festival Outre-Mer en Bourgogne, OMB pour les intimes, pour les pressés, et pour ceux qui ont compris qu’à Montceau, trois lettres peuvent contenir des tambours, des mémoires, des bananes, des lycéens, des élus, des artistes, des écrivains, des Antilles, de la Bourgogne, et même un bon paquet de questions qu’on ferait mieux de ne pas laisser dormir sous le tapis.

Parce que OMB, ce n’est pas seulement une parade où ça danse, où ça chante, où ça met des couleurs dans les rues comme si le ciel avait décidé de repeindre le bassin minier. Ce n’est pas seulement le village du festival, les artisans, le repas créole, les concerts, les conférences, les dépôts de gerbes, les projections, les rencontres littéraires et les coups de soleil sur les joues des spectateurs qui avaient oublié que la Caraïbe, parfois, ça tape aussi en Saône-et-Loire.

Non, la Claudine en est convaincue depuis le premier en 2009, OMB, c’est une drôle d’affaire. Une affaire sérieuse qui refuse d’être triste. Une affaire de mémoire qui refuse d’être poussiéreuse. Une affaire d’histoire qui descend dans la rue au lieu de rester enfermée dans les livres, avec marque-page, lunettes au bout du nez et silence obligatoire.

La Claudine, qui n’est pas née de la dernière pluie, se demande quand même comment on en est arrivé là. Comment les Antilles ont débarqué en Bourgogne autrement que par le rhum arrangé, le zouk dans les mariages et les souvenirs de vacances des cousins qui disent toujours “là-bas, c’est pas pareil”.

Eh bien justement : c’est parce que ce n’est pas pareil qu’il faut en parler.

Au départ, il y a Les Amis des Antilles, Christiane Mathos, la Claudine la connait, Montceau, et cette volonté têtue de faire se rencontrer la métropole et les Antilles, d’entretenir des liens, de faire connaître une culture, une musique, une histoire. Et puis, année après année, l’affaire a pris de l’ampleur.

La Claudine se rend compte que la petite graine a poussé. Le festival est devenu un rendez-vous culturel, populaire, mémoriel, pédagogique. On y parle de l’esclavage, de la traite, de l’abolition, des combats pour la liberté, de ces noms de Saône-et-Loire qu’on ne cite pas toujours dans les repas de famille : Lamartine, Toulon-sur-Arroux, Paray, Digoin, Cluny, Autun, Cormatin, Génelard, et tous ces lieux où la mémoire trace sa route. Le lien entre l’outre-mer et la Bourgogne n’est pas un caprice exotique mais un fil historique bien réel.

La Claudine entend déjà les grognons : “Encore l’esclavage ? Encore la mémoire ? Encore des commémorations ?” Ben oui, encore. Parce qu’on commémore bien les guerres, les morts, les victoires, les défaites, les mines, les catastrophes, les résistants, les anciens combattants, les inaugurations de plaques et même parfois les ronds-points. Alors pourquoi faudrait-il devenir soudainement amnésique dès qu’il s’agit de l’esclavage ?

La mémoire, ce n’est pas une punition. C’est une lampe. Et quand la lampe éclaire un peu trop fort, c’est souvent qu’on avait pris l’habitude de vivre dans la pénombre.

OMB a donc ce mérite : il ne sépare pas la fête et la réflexion. Il dit : venez danser, mais venez comprendre. Venez manger, mais venez écouter. Venez regarder la parade, mais sachez qu’elle marche aussi sur les traces de ceux qui ont lutté pour être libres. La Claudine résume ainsi les objectifs : célébrer la mémoire des victimes, honorer les combats pour l’émancipation, transmettre aux jeunes générations, faire rayonner les cultures ultramarines en Bourgogne, rassembler autour de la fraternité, de la dignité et du vivre-ensemble.   Dit comme ça, évidemment, ça fait sérieux. Presque trop propre. Presque discours de pupitre avec micro qui grésille. Mais dans la réalité, OMB, c’est plus vivant que ça. C’est Christiane Mathos qui tient la barre, les bénévoles qui courent partout, les professeurs qui embarquent les élèves, les communes qui accueillent, les spectateurs qui s’arrêtent, les enfants qui regardent, les anciens qui commentent, les tambours qui réveillent les vitrines, et Montceau qui, pour quelques jours, cesse de se demander si elle est trop petite pour penser grand. Le lundi 4 mai 2026, l’ouverture officielle se faisait au lycée Claudie-Haigneré. Rien que ça déjà, la Claudine aime bien. Un festival qui commence avec des jeunes, avec des conférences, avec de l’histoire et de la transmission avant les tambours et les accras, ça veut dire qu’on sait pourquoi on est là.

Et puis le dimanche 10 mai, retour à quelque chose de plus solennel avec les cérémonies autour de l’abolition de l’esclavage à Montceau et Toulon-sur-Arroux. Là encore, le festival rappelle que cette mémoire n’est pas lointaine, qu’elle traverse aussi la Bourgogne, ses routes, ses figures historiques, ses engagements. En 2026, le festival OMB a pris une dimension particulière : il s’est inscrit dans le cadre des 25 ans de la loi Taubira du 10 mai 2001, cette loi portée par Christiane Taubira qui a reconnu la traite négrière et l’esclavage comme crimes contre l’humanité.

La Claudine trouve d’ailleurs assez extraordinaire qu’une ville minière comme Montceau soit devenue l’un des lieux français où cette mémoire s’exprime avec autant de constance.

Car c’est peut-être cela, le plus étonnant : OMB part de Montceau mais ne reste pas dans son coin. Il rayonne sur le bassin minier, sur la Saône-et-Loire, en Bourgogne-Franche-Comté, et désormais au-delà “au niveau national” grâce aux partenariats noués.

Et aujourd’hui, quand la Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage labellise l’action, quand des chercheurs, artistes, auteurs, associations, communes et scolaires s’y retrouvent, on comprend que ce festival local n’est plus seulement local. Il garde les pieds place de l’Église, mais il regarde loin.

C’est là que la Claudine sourit.

Parce qu’à Montceau, on a parfois cette manie de croire que ce qui vient d’ici ne compte pas vraiment tant que Paris ne l’a pas tamponné, applaudi ou récupéré. Pourtant, il arrive que les choses importantes commencent dans une salle associative, autour d’une table encombrée de papiers, avec trois coups de téléphone, deux absents, une subvention incertaine, un café tiède, et quelqu’un qui dit : “On le fait quand même.”

OMB, c’est ça aussi : le “on le fait quand même”, parce qu’il faut transmettre, parce que les jeunes doivent savoir, parce que les cultures ultramarines ne sont pas des cartes postales, parce que l’histoire de France ne s’arrête pas aux frontières de l’Hexagone, parce qu’une ville minière sait ce que veulent dire travail, souffrance, dignité, solidarité, parce que la mémoire n’appartient pas qu’aux livres d’histoire : elle appartient aux rues, aux écoles, aux places, aux voix, aux pas de danse.

Alors oui, la Claudine a beaucoup aimé ces 10 jours de folie, de commémoration et de partage, comme tout le peuple de Saône et Loire et du bassin minier. Elle a beaucoup apprécié la parade quand les musiques caribéennes secouaient les pavés, quand les Montcelliens levaient le nez, quand les couleurs remplaçaient la grisaille, quand le centre-ville retrouvait un air de fête.

Et si Montceau peut, pendant dix jours, faire dialoguer les Antilles et la Bourgogne, l’histoire et la fête, la mémoire et l’avenir, alors La Claudine se dit que ce lundi d’après OMB mérite bien qu’on lui pardonne d’être un lundi.

 

Gilles Desnoix

 

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