La Claudine aime bien le week-end… mais parfois le lundi est le bienvenu !
« Quand Lens gagne, c’est un peu tout le charbon qui remonte à la surface »
La Claudine, qui n’est pas assidue dans les tribunes des stades, est heureuse que pour la première fois de son histoire Lens gagne la coupe de France et qu’un club de foot minier soit de nouveau vainqueur de cette prestigieuse coupe. Elle se dit : « Ah ben quand les Gueules Noires gagnent, même les terrils ont le sourire ! »
Eh bien dites donc…
Lens qui gagne la Coupe de France contre Nice, ça n’a pas seulement fait chanter le Nord, ça a aussi fait lever quelques verres du côté de Montceau, de Blanzy, de Sanvignes et des Gautherets. Parce qu’ici, dans notre bassin minier, on sait très bien ce que ça représente.
Oh bien sûr, certains vont dire : « Ce n’est que du football. »
Seulement voilà… Dans les anciens pays miniers, le foot n’a jamais été “que du football”. La Claudine en est bien consciente, le foot, le ballon rond, c’est un drapeau, une mémoire, un accent populaire, une manière de dire : « On est encore là. »
Parce qu’entre Lens et Montceau, il y a plus qu’une carte de France. Il y a une histoire commune, des hommes descendus au fond, des familles ouvrières et minières, des corons là-bas, des cités minières ici, des sirènes d’usine, des mains noires de charbon.
Et puis un jour… plus rien. Les mines ont fermé.
Dans le Nord comme chez nous, la Claudine à l’esprit plein de ces clichés, de ces histoires communes, elle a vu arriver les mêmes blessures avec le chômage, les commerces qui baissent le rideau, les jeunes qui partent, les centres-villes qui cherchent un second souffle, les anciens qui regardent les chevalements disparus comme on regarde une photo de famille, pire encore souvent il ne reste plus rien de visible, sauf avec les yeux du cœur.
Le bassin minier du Nord et celui de Montceau ont vécu le même grand coup de grisou économique et social.
Et pourtant… Quelque chose a tenu debout, le sport, le football surtout.
Parce qu’un stade, dans un bassin minier, ce n’est pas seulement une pelouse avec deux cages. C’est un refuge social, un endroit où l’on continue à se retrouver quand tout le reste s’effrite.
À Lens, le Racing Club est devenu une religion populaire. Là-bas, le maillot sang et or, c’est presque un héritage familial. Les grands-pères l’ont transmis aux pères, qui l’ont transmis aux enfants.
Et ici, à Montceau, on comprend parfaitement ça. Parce qu’on a aussi notre histoire de ballon rond. Le FC Montceau Bourgogne, ce n’est pas seulement un club, ce sont des générations de bénévoles, de dirigeants, de supporters, de gamins qui ont appris le respect dans les vestiaires avant même de savoir conduire une voiture.
C’est le stade des Alouettes, avec ses souvenirs de Coupe de France, ses exploits contre des grosses équipes, ses soirées où toute une ville se retrouvait derrière les barrières.
Mais Montceau, ce n’est pas qu’un seul club, il y en a moins que de clubs de foot à Londres, mais quand même. Et il faut le dire, haut et fort, Montceau dispose de plusieurs terrains et stades qui font vivre cette passion populaire : le stade des Alouettes bien sûr, temple du FCMB, le stade Jean Bouveri, le stade du Magny, les Orions (qui se trouvent sur Saint-Vallier).
le Pouloux, Tout cela, ce n’est pas du décor, la Claudine le constate bien, c’est du ciment social.
Parce qu’un club de foot, dans une ville ouvrière, ça évite parfois qu’un gamin décroche. Ça crée du lien entre les générations. Ça apprend la solidarité, l’effort collectif, le respect des autres. Le football réussit souvent ce que les grands discours politiques ne savent plus faire : mélanger les gens, le fils d’ouvrier joue avec le fils du commerçant, le retraité vient voir jouer les jeunes, le bénévole donne son samedi sans rien demander et tout le monde finit autour de la même buvette.
Et puis à Montceau, il y a aussi le rugby. La Claudine ne saurait l’oublier parce qu’ici, on aime autant les ballons ovales que les ballons ronds.
Le rugby montcellien, lui aussi, porte cette culture populaire du combat, de l’effort et du collectif. Là encore, on retrouve des valeurs ouvrières : on avance ensemble, on tombe ensemble, on se relève ensemble.
Dans ces territoires qui ont perdu les mines, le sport a remplacé une partie du lien social que le travail faisait autrefois naturellement. Avant, on se retrouvait à la mine, aujourd’hui, on se retrouve au stade.
Et finalement, quand Lens a soulevé cette Coupe de France, beaucoup de gens du bassin minier de Montceau ont eu l’impression qu’un cousin éloigné remportait quelque chose pour toute la famille ouvrière. Parce qu’au fond, entre Lens et Montceau, il y a cette même fierté têtue des territoires qu’on a souvent enterrés trop vite.
Et ça, la Claudine, elle aime bien.
Gilles Desnoix


