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lundi 6 juillet 2026 à 05:37

La Claudine aime les week-ends, mais parfois le lundi est le bienvenu.

  Et elle aime les vacances… surtout quand elles ressemblent un peu à toutes les autres.



 

 

Chaque année, c’est la même chose, le calendrier bascule, les écoles ferment leurs portes, les premiers juillettistes prennent la route, les commerçants installent leurs étals sur les trottoirs, les terrasses débordent de monde, les villes se mettent doucement au rythme de l’été.

Et la Claudine se dit que finalement, la France adore les traditions, parce qu’elles sont nombreuses comme les cigales dans le Midi ou les marronniers des rédactions.

À peine les valises sont-elles sorties des placards que les journaux ressortent les mêmes sujets. Les incendies qui ravagent des milliers d’hectares. Les cartes de la sécheresse qui prennent chaque jour une nouvelle couleur inquiétante. Les conseils pour bien s’hydrater. Les comparatifs des ventilateurs. Les reportages sur les vacanciers qui trouvent que « cette année, il fait vraiment chaud » mais qui se battent comme des chiffonniers pour le dernier ventilateur ou l’ultime climatiseur en magasin. On les regardait déjà dire exactement la même chose l’année dernière… et probablement l’année d’avant.

Pendant ce temps-là, les refrains de l’été commencent à envahir les radios. Ils ne sont pas encore dans toutes les têtes, mais ça ne saurait tarder. D’ici quinze jours, même ceux qui prétendent ne jamais écouter ces chansons les fredonneront sous la douche sans s’en rendre compte.

Les campings installent leurs soirées mousse, leurs concours de tee-shirts mouillés, leurs karaokés improbables où chacun chante faux avec un enthousiasme admirable. Et c’est peut-être cela, le vrai génie des vacances : pendant quelques semaines, plus personne ne demande aux autres d’être parfaits.

La Claudine aime bien cette idée.

Pendant ce temps, les bateaux quittent les ports, les caravanes s’étirent sur les autoroutes, les glaces fondent plus vite qu’elles ne se mangent et les enfants découvrent que les vacances durent toujours moins longtemps qu’ils ne l’avaient imaginé.

Mais voilà… pendant que l’on prépare les barbecues, le reste du monde, lui, ne prend pas de congés et la guerre continue de frapper aux portes de l’Europe, le détroit d’Ormuz est ouvert… sans vraiment l’être… tout en continuant de l’être suffisamment pour que chacun explique exactement le contraire de son voisin sur les chaînes d’information continue. Le feuilleton Bruel gagne chaque jour un nouvel épisode. Les experts commentent les experts qui commentent les commentaires. Il ne manque plus que les spécialistes de la spécialité pour commenter les commentateurs.

La Claudine se demande parfois si l’information ne finit pas par tourner en rond comme les pédalos lors de la fête du port de Montceau.

Et puis il y a les chiffres, il ne faut jamais les oublier les chiffres, le gaz augmente, les aides publiques donnent parfois l’impression de s’essouffler, le taux de pauvreté refuse obstinément de prendre des vacances. Les habitants des passoires thermiques, pardon, des bouilloires thermiques, comme dit maintenant la Claudine, cherchent le moindre courant d’air en espérant qu’il ne soit pas réservé aux appartements climatisés des catalogues immobiliers. Chaque été, on redécouvre qu’il fait chaud dans les logements mal isolés. Chaque hiver, on redécouvre qu’il y fait froid. Décidément, les saisons sont d’une fidélité remarquable.

Et puis il y a les abandons, ce mot que la Claudine déteste. Des chiens quitteront encore leur famille sur un bord de route parce qu’ils dérangent les vacances de ceux qui les avaient pourtant appelés « mon bébé » quelques mois plus tôt. À chaque reportage, les refuges expliquent qu’ils sont saturés et à chaque reportage, tout le monde s’indigne et à chaque reportage, l’été suivant recommence exactement pareil. La Claudine aimerait bien que certains marronniers disparaissent définitivement, celui-là, en particulier.

Et pourtant…

Malgré tout cela, les cafés sont pleins, les marchés sentent la pêche, l’abricot et le melon, les enfants courent derrière les jets d’eau, les grands-parents retrouvent leurs petits-enfants, les vélos envahissent les voies vertes, les trottinettes sont toujours aussi insupportables sur les trottoirs, les concerts en plein air remplissent les places des villages, les touristes demandent leur chemin avec cet accent qui fait voyager sans quitter la France. Enfin, la vie continue, mais elle a toujours fait cela. La Claudine pense même qu’elle nous lance un drôle de défi.

Celui de savoir profiter d’un coucher de soleil sans oublier ceux qui vivent sous les bombes, celui de partager une glace sans ignorer celui qui peine à remplir son réfrigérateur, celui de rire pendant une soirée d’été sans faire semblant que tout va bien partout. Parce qu’au fond, les vacances ne consistent peut-être pas à oublier le monde mais plutôt à reprendre un peu de forces pour mieux l’affronter à la rentrée.

Alors oui… Youki ! C’est parti pour l’été !

Profiter des longues soirées, des apéritifs qui durent un peu trop longtemps, des enfants qui rentrent avec les genoux écorchés, des marchés, des concerts, des fêtes de village, des promenades au bord de l’eau, des amis, de la famille, en fait c’est ça les vacances. Et si, au détour d’une route, vous croisez un chien qui attend toujours que sa voiture revienne… Arrêtez-vous. Parce que, finalement, on reconnaît peut-être une belle société non pas à la façon dont elle part en vacances… mais à la façon dont elle prend soin de ceux qu’elle pourrait si facilement oublier.

La Claudine vous souhaite un très bel été.

 

Gilles Desnoix

 

 

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