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jeudi 20 août 2026 à 06:14

Cumul emploi-retraite

À partir de 2027, travailler pourra faire baisser votre pension



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Sous couvert de simplification, une réforme va profondément modifier le cumul entre une pension de retraite et les revenus d’une activité professionnelle. Elle entend limiter certains effets d’aubaine et inciter les salariés à retarder leur départ. Mais elle risque aussi de frapper ceux qui ne retravaillent ni pour s’enrichir ni pour tromper le système, simplement parce que leur pension ne suffit pas. Avec, au passage, une exception troublante : les indemnités des élus locaux ne seront pas traitées comme les revenus professionnels des retraités ordinaires.

Il faut d’abord rectifier une information qui circule encore de manière imprécise : le texte ne doit pas paraître. Il est déjà paru. La réforme figure dans l’article 102 de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, promulguée le 30 décembre 2025. Elle entrera en vigueur le 1er janvier 2027.

Elle ne s’appliquera pas à tous les retraités. Seront concernés les assurés dont la première pension de retraite de base prendra effet à compter du 1er janvier 2027. Ceux qui auront liquidé une première pension avant cette date resteront, en principe, soumis aux règles antérieures.

Cette précision est essentielle : deux personnes du même âge, exerçant la même activité et percevant les mêmes revenus pourront connaître des règles différentes selon qu’elles auront pris leur retraite le 31 décembre 2026 ou le 1er janvier 2027.

La frontière entre l’ancien et le nouveau monde tiendra, une fois encore, à une date sur un formulaire.

Aujourd’hui, comment cela fonctionne-t-il ? Le cumul emploi-retraite permet à une personne ayant liquidé sa retraite de continuer ou de reprendre une activité rémunérée. Le système actuel distingue principalement deux situations.

Le cumul intégral permet, sous certaines conditions, de percevoir la totalité de ses pensions et de ses revenus professionnels. Il faut notamment avoir liquidé toutes ses retraites et bénéficier du taux plein, soit parce que l’on possède le nombre de trimestres requis, soit parce que l’on a atteint 67 ans.

Le cumul plafonné concerne ceux qui ne remplissent pas ces conditions. Le montant total des pensions et des revenus professionnels ne doit alors pas dépasser un certain plafond, généralement égal au plus avantageux entre 160 % du Smic et le dernier salaire perçu.

Ce système est incontestablement compliqué. Il varie selon les régimes, les carrières et la nature de l’activité. Il peut même conduire à plusieurs écrêtements successifs.

La Cour des comptes l’a donc sévèrement critiqué. Elle estime qu’environ 700 000 personnes cumulent une retraite avec une activité rémunérée, hors militaires et certains régimes spéciaux. Elles étaient 579 000 dans le seul régime général selon les dernières données fiables, datant de 2020.

Entre 2009 et 2020, leur nombre a augmenté de 75 %.

La Cour a également calculé qu’une réforme pourrait faire économiser environ 500 millions d’euros par an aux caisses de retraite. Voilà probablement le nombre le plus important du dossier. En matière sociale, la simplification administrative accompagne assez souvent une économie budgétaire. C’est une coïncidence qui possède une remarquable régularité.

À partir de 2027, l’âge deviendra le principal critère. Le futur système reposera sur trois périodes : avant l’âge légal de départ, entre cet âge et 67 ans, puis après 67 ans.

Avant l’âge légal : un euro gagné, un euro de pension retiré

Cette situation concernera principalement les personnes parties en retraite anticipée, notamment pour carrière longue, handicap, incapacité ou pénibilité, sous réserve des dérogations prévues par la loi.

Avant d’avoir atteint l’âge légal correspondant à sa génération, le retraité qui exercera une activité verra ses pensions diminuées du montant de ses revenus professionnels et de remplacement.

Autrement dit, un euro gagné par le travail pourra entraîner la suppression d’un euro de retraite.

Un retraité percevant 18 000 euros de pension annuelle et gagnant 6 000 euros grâce à une activité verra, en principe, sa pension réduite de 6 000 euros. Son revenu total restera donc de 18 000 euros, avant même de tenir compte des cotisations, des déplacements, des frais professionnels et de l’impôt éventuel. Il aura travaillé pour ne presque rien gagner de plus. Si son activité lui rapporte davantage que le montant de sa pension, celle-ci pourra être entièrement suspendue. La mesure est particulièrement rude pour les carrières longues. Elle concerne précisément des femmes et des hommes qui ont souvent commencé à travailler à 16, 17 ou 18 ans et qui ont cotisé pendant plus de quarante années. On leur avait reconnu le droit de partir plus tôt parce qu’ils avaient commencé plus tôt. On leur expliquera désormais que, s’ils souhaitent encore travailler un peu, leur retraite diminuera d’autant. Le message est juridiquement cohérent. Humainement, il mérite au moins discussion.

Entre l’âge légal et 67 ans : un cumul très encadré. Entre l’âge légal de départ et 67 ans, une partie des revenus professionnels pourra être conservée sans diminution de pension.

La loi renvoie à un décret la fixation du seuil exact. Le Gouvernement a annoncé un montant de 7 000 euros brut par an, repris dans ses réponses au Parlement et par les sites officiels. Sept mille euros par an représentent environ 583 euros brut par mois. Au-delà de ce seuil, la pension sera réduite de 50 % du dépassement.

Quelques exemples permettent de comprendre le mécanisme :

 

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Il restera donc un avantage financier à travailler, mais cet avantage sera nettement réduit.

Pour 15 000 euros de revenus professionnels, le retraité ne conservera réellement que 11 000 euros supplémentaires avant cotisations, fiscalité et frais liés à son activité. Le Gouvernement affirme que près de 60 % des retraités actuellement concernés gagnent moins de 7 000 euros par an et ne subiraient donc aucune diminution. Cela protégerait effectivement les toutes petites activités : quelques remplacements, des vacations ponctuelles, une mission occasionnelle ou quelques semaines de travail saisonnier. Mais cela signifie aussi que quatre retraités en cumul sur dix pourraient être touchés.

À partir de 67 ans : cumul intégral. À partir de 67 ans, le cumul redeviendra entièrement libre.

Le retraité pourra percevoir la totalité de ses pensions et de ses revenus professionnels, sans plafond. Les cotisations acquittées dans le cadre de cette nouvelle activité pourront également lui ouvrir des droits à une seconde pension. Le délai de six mois actuellement imposé, dans certaines situations, avant de retravailler chez son ancien employeur doit par ailleurs disparaître. Sur ce point, la réforme simplifie réellement les choses. Elle introduit donc une logique facile à résumer : avant l’âge légal, le travail est financièrement neutralisé ; entre l’âge légal et 67 ans, il est partiellement autorisé ; après 67 ans, il redevient libre.

Pourquoi cette réforme peut-elle se défendre ? Il serait trop simple de présenter cette mesure comme une attaque uniforme contre tous les retraités. Le système actuel produit de véritables effets d’aubaine. Des salariés, souvent parmi les mieux rémunérés, peuvent liquider une retraite complète dès qu’ils remplissent les conditions, puis poursuivre presque immédiatement la même activité en cumulant pension et salaire. Dans certains cas, la rupture du contrat tient davantage de la formalité que du véritable départ en retraite. La Cour des comptes observe que les cadres en cumul disposent fréquemment à la fois d’une pension élevée et de revenus professionnels importants. Le mécanisme peut alors perdre son caractère social pour devenir une technique d’optimisation. Il crée également une différence avec celui qui choisit de continuer à travailler sans liquider sa retraite. Ce dernier ne touche pas encore sa pension, même s’il peut bénéficier d’une surcote. Son voisin, officiellement retraité, peut parfois continuer la même activité tout en encaissant pension et rémunération. On peut donc comprendre le souci de cohérence. Le nouveau régime pourrait également encourager la retraite progressive, qui permet de réduire son temps de travail tout en percevant une fraction de sa pension, sans liquider définitivement tous ses droits. Enfin, l’unification des règles devrait limiter certains doubles écrêtements et rendre le système plus lisible entre salariés, fonctionnaires, indépendants et professions libérales.

Il existe donc des arguments sérieux en faveur de la réforme : réduire les stratégies d’optimisation, rétablir une certaine égalité entre assurés, favoriser les départs progressifs et préserver les finances de la Sécurité sociale. Encore faudrait-il que la réponse soit proportionnée au problème.

Le retraité aisé et la retraitée pauvre sont-ils vraiment placés à égalité ? La loi raisonne principalement en fonction de l’âge. Elle tient beaucoup moins compte du montant de la pension et des raisons pour lesquelles la personne reprend une activité. Or tous les retraités qui travaillent ne se ressemblent pas. La Cour des comptes distingue elle-même plusieurs groupes. On trouve des cadres disposant d’une pension et d’un salaire élevés, mais également des personnes ayant connu des carrières hachées. Ces dernières sont très majoritairement des femmes. Leurs pensions sont faibles et leurs revenus d’activité souvent modestes. Il y a une différence sociale considérable entre un ancien dirigeant qui conserve une activité de conseil rémunérée plusieurs dizaines de milliers d’euros et une ancienne aide à domicile qui effectue quelques remplacements pour payer son chauffage, sa mutuelle ou aider ses enfants. Pourtant, au-delà du seuil, le mécanisme d’écrêtement sera le même. Le système paraît égalitaire parce qu’il applique la même formule à chacun. Mais traiter de manière identique des situations profondément inégales ne produit pas nécessairement de la justice.

Un seuil de 7 000 euros annuels ne représente pas la même chose pour celui qui perçoit 4 000 euros de retraite par mois et pour celle qui en touche 1 100. On aurait pu imaginer un dispositif progressif tenant compte du montant total des pensions, avec une protection renforcée pour les petites retraites et un écrêtement plus important pour les cumuls très élevés. On a préféré la simplicité de l’âge et du couperet.

Les carrières longues, grandes perdantes de la réforme. La situation des personnes parties avant l’âge légal est probablement la plus contestable. Un salarié ayant commencé très jeune peut avoir validé tous ses trimestres et obtenu légitimement une retraite à taux plein. Pourtant, tant qu’il n’aura pas atteint l’âge légal de sa génération, son revenu professionnel sera déduit de sa pension dès le premier euro. La loi transforme ainsi indirectement le droit au départ anticipé. Elle ne l’interdit pas, mais elle ferme presque entièrement la possibilité d’un complément d’activité. Le retraité devra choisir : sa pension ou son travail. Ce choix peut se comprendre lorsqu’il s’agit d’empêcher une personne de liquider sa retraite tout en poursuivant à plein temps exactement le même emploi. Il devient beaucoup plus discutable lorsqu’il s’agit d’un petit contrat, de quelques heures par semaine, d’une activité saisonnière ou d’un remplacement temporaire. La carrière longue avait été conçue pour reconnaître l’effort de ceux qui avaient commencé tôt. La nouvelle règle risque de leur rappeler que, dans notre système, partir plus tôt ne signifie pas toujours être libre plus tôt.

Qu’en disent les syndicats ? Les organisations syndicales ont relativement peu isolé cette disposition dans leurs prises de position nationales. Elles l’ont surtout replacée dans une critique plus générale du budget de la Sécurité sociale, de l’emploi des seniors et de l’évolution du pouvoir d’achat des retraités.

La CGT est la plus explicite. Dans son analyse du budget de la Sécurité sociale, elle considère que la réforme du cumul emploi-retraite participe d’un changement de modèle : la retraite ne correspondrait plus nécessairement à la fin de l’activité professionnelle. Elle dénonce également une politique qui conduirait les retraités à retravailler pour compenser l’affaiblissement de leurs pensions. La contradiction est forte : on limite les possibilités de cumul alors que, dans le même temps, l’insuffisance de certaines retraites oblige précisément leurs bénéficiaires à rechercher un complément.

L’UNSA présente la réforme de manière très précise et souligne notamment le sort réservé aux carrières longues. Elle rappelle aussi l’exception dont bénéficient les indemnités liées aux mandats électifs. La CFDT adopte une démarche davantage pédagogique et technique. Elle reconnaît l’intérêt d’une harmonisation des règles, mais les échanges publiés par sa branche Retraités font apparaître de nombreuses interrogations sur les carrières longues, les départs anticipés et les situations particulières.

Force ouvrière, la CFTC et la CFE-CGC n’ont pas, à notre connaissance, consacré de longue publication nationale à ce seul article. Leur critique se retrouve plus largement dans leur opposition aux économies réalisées sur les retraites, aux reculs successifs de l’âge de départ et à la dégradation du pouvoir d’achat des pensionnés. Une ligne commune se dessine malgré tout : une simplification peut être nécessaire, mais elle ne doit pas servir de paravent à une économie réalisée principalement sur ceux qui disposent déjà des pensions les plus faibles.

Des conséquences pour les entreprises et les services publics. Le cumul emploi-retraite ne concerne pas seulement le niveau de vie des retraités. Il répond également à des besoins économiques très concrets, la santé, l’aide à domicile, l’agriculture, l’artisanat, le commerce, l’enseignement, les collectivités et de nombreuses petites entreprises font appel à des retraités expérimentés, ils assurent des remplacements, accompagnent de nouveaux salariés, transmettent un savoir-faire ou renforcent ponctuellement les équipes. Dans la viticulture, des parlementaires ont déjà alerté le Gouvernement sur les difficultés possibles pour les vendanges. Dans les territoires ruraux, certains médecins, infirmiers ou professionnels paramédicaux continuent d’exercer parce que personne n’est disponible pour les remplacer. La loi prévoit que certaines activités d’intérêt général ou concourant à un service public pourront être exclues de tout ou partie de l’écrêtement. Mais leur définition précise dépend des textes réglementaires. Ce détail sera décisif.

Si les exceptions sont trop larges, la réforme perdra sa portée. Si elles sont trop étroites, des secteurs déjà fragiles risquent de perdre une main-d’œuvre compétente et immédiatement disponible.

Le paradoxe serait remarquable : demander aux Français de travailler plus longtemps, puis décourager ceux qui acceptent encore de travailler une fois leur retraite liquidée.

L’étonnante exception des élus locaux. C’est probablement le point politiquement le plus délicat de la réforme. Les indemnités de fonction versées aux élus locaux ne sont pas considérées comme un salaire ni, pour l’application du cumul emploi-retraite, comme un revenu professionnel ordinaire.

Un maire, un adjoint, un conseiller municipal délégué, un président ou un vice-président d’intercommunalité retraité peut donc, sous réserve des règles propres aux retraites acquises en qualité d’élu, cumuler sa pension personnelle avec ses indemnités de fonction sans que celles-ci soient retenues pour calculer l’écrêtement du cumul emploi-retraite. Le Sénat le reconnaît clairement dans ses travaux sur la protection sociale des élus. L’UNSA le rappelle également dans son analyse de la réforme de 2027 : les indemnités pour mandat électif ne sont pas concernées puisqu’elles ne sont juridiquement ni un salaire ni un revenu professionnel. On peut défendre cette distinction. Un élu n’est pas un salarié et son mandat n’est pas un contrat de travail. Un mandat exécutif important exige du temps, impose des contraintes et entraîne des responsabilités civiles, financières et parfois pénales.  L’indemnité permet aussi à des citoyens ne disposant pas d’une fortune personnelle d’exercer des fonctions publiques, il serait donc démagogique de prétendre que tout élu devrait travailler gratuitement, mais ce n’est pas la question.

La question est de savoir pourquoi une indemnité élective de plusieurs milliers d’euros par mois disparaît du radar du cumul emploi-retraite, tandis que quelques centaines d’euros gagnées par une ancienne aide-soignante, un artisan, un ouvrier ou une employée deviennent un revenu justifiant la réduction de leur pension. L’élu exerce une activité, consacre du temps à ses fonctions, assume des responsabilités et reçoit de l’argent en contrepartie. On peut appeler cette somme une indemnité plutôt qu’une rémunération ; pour celui qui regarde son relevé bancaire, la subtilité demeure assez théorique.

L’argument selon lequel l’élu n’est pas salarié ne suffit d’ailleurs pas. L’artisan, le médecin libéral ou l’autoentrepreneur ne sont pas davantage salariés. Leurs revenus seront pourtant concernés.

Des élus protégés votant l’effort des autres ? La très grande majorité des élus municipaux perçoivent une indemnité modeste ou n’en perçoivent aucune. Beaucoup donnent énormément de leur temps et se trouvent davantage exposés aux critiques qu’installés dans le confort. Il serait injuste de les confondre avec les titulaires des fonctions politiques les mieux rémunérées. Mais plus on monte dans la hiérarchie des mandats, plus le contraste devient difficile à ignorer. Certains responsables publics perçoivent plusieurs indemnités dans les limites autorisées, disposent de collaborateurs, de moyens de représentation, de remboursements de frais et, pour certaines hautes fonctions exécutives, d’un véhicule de service, parfois avec chauffeur. Ces moyens peuvent être justifiés par l’exercice de la fonction ; ils n’en constituent pas moins des conditions matérielles que le retraité pauvre ne connaîtra jamais.

Il ne s’agit pas d’affirmer que ces avantages seraient tous des revenus personnels. Un véhicule avec chauffeur reste, en principe, un moyen de service et non un cadeau destiné à l’usage privé. Mais celui qui bénéficie quotidiennement de ces moyens supporte évidemment moins de frais personnels que celui qui doit prendre sa voiture pour aller effectuer trois heures de ménage, un remplacement dans un commerce ou quelques vacations dans un établissement.

Or une loi votée par le Parlement va restreindre les revenus que les nouveaux retraités pourront tirer de leur travail, tout en maintenant un régime beaucoup plus favorable aux indemnités électives locales.

Une ancienne aide-soignante pourra perdre une partie de sa pension parce qu’elle effectue quelques remplacements. Un élu retraité percevant plusieurs milliers d’euros d’indemnités pourra conserver intégralement sa pension personnelle. Ce n’est pas illégal. C’est même soigneusement organisé par la loi. Mais lorsqu’une catégorie de responsables publics largement préservée participe à l’adoption de l’effort demandé à ceux qui le sont beaucoup moins, la légalité ne suffit plus à fabriquer de la légitimité. Les responsables politiques répondraient que l’on ne peut pas comparer une rémunération professionnelle et une indemnité de mandat. C’est exact juridiquement. Cela risque d’être moins facile à expliquer socialement. Car, au bout du compte, les deux sommes servent à vivre.

La retraite est-elle une allocation ou un droit acquis ? Derrière cette réforme se cache une question plus profonde. Une pension de retraite n’est pas une aide versée parce qu’une personne n’aurait plus aucune autre ressource. Elle est la contrepartie de cotisations acquittées pendant toute une carrière.

Elle constitue un droit acquis. Dès lors, pourquoi devrait-elle diminuer parce que son bénéficiaire continue à travailler ? L’argument inverse existe : notre régime repose sur la solidarité entre les générations et ne fonctionne pas comme un simple compte d’épargne individuel. Il peut donc être légitime de réglementer le cumul lorsqu’il menace l’équilibre du système ou crée des avantages excessifs. Mais il faut alors assumer les mots.

La pension n’est pas réduite parce que le retraité n’y aurait plus droit. Elle est réduite parce que l’État souhaite qu’il retarde sa liquidation et parce que les caisses veulent réaliser des économies.

Ce n’est pas exactement la même chose.

Une réforme défendable dans son principe, brutale dans son mécanisme. Limiter les cumuls les plus élevés peut se défendre. Éviter qu’une personne transforme son départ en retraite en opération d’optimisation financière peut même apparaître nécessaire. Mais la réforme choisie repose sur un instrument trop grossier. Elle ne distingue pas suffisamment celui qui retravaille par stratégie patrimoniale de celle qui reprend quelques heures parce que sa pension ne lui permet plus de vivre dignement. Elle risque de pénaliser les carrières longues, les petites pensions, les femmes aux parcours professionnels interrompus et les indépendants qui ne peuvent pas réduire progressivement leur activité aussi facilement qu’un salarié.

Elle pourrait aussi priver certains territoires d’expériences et de compétences dont ils manquent déjà.

La bonne réforme aurait probablement consisté à protéger intégralement les petites pensions, à rendre l’écrêtement réellement progressif, à cibler les très hauts cumuls et à rendre la retraite progressive accessible à tous dans des conditions réalistes.

Elle aurait également dû poser la question des indemnités électives. Non pour remettre en cause leur légitimité, mais pour éviter qu’un revenu modeste tiré du travail soit moins bien traité qu’une indemnité politique parfois cinq ou dix fois supérieure.

On a préféré une règle administrativement simple, financièrement rentable et socialement beaucoup plus discutable.

Et maintenant ? Les personnes envisageant un départ fin 2026 ou début 2027 devront faire examiner précisément leur situation avant de liquider leurs droits. Quelques jours d’écart pourront modifier durablement les règles applicables.

Il faudra également surveiller les décrets fixant le seuil définitif, les modalités de calcul, la répartition de la réduction entre les différentes pensions et les activités bénéficiant d’une dérogation.

Une chose est déjà certaine : à compter de 2027, « travailler plus pour gagner plus » connaîtra une traduction particulière pour certains retraités. Ils pourront toujours travailler davantage. Quant à gagner davantage, il faudra d’abord demander la permission à leur caisse de retraite.

Autrefois, on demandait aux puissants de montrer l’exemple. Désormais, ils votent l’exemple que les autres devront montrer.

 

Gilles Desnoix

 

Sources : Légifrance, Cour des comptes, Service-Public.fr, Assurance retraite, Ministère du Travail, Sénat, Assemblée nationale, CGT, CFDT Retraités, UNSA Retraités, Ircantec

 

 



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