Montceau-les-Mines
Alzheimer : une fugue, des failles, et une famille qui cherche des réponses
Il y a des faits qui devraient alerter immédiatement, des situations où la vulnérabilité d’une personne âgée impose une réaction rapide, coordonnée, évidente.
Pourtant, ce qui s’est produit aujourd’hui dans une famille Montcellienne laisse une impression troublante : celle d’un système qui observe, constate… mais ne protège pas.
Une grand‑mère atteinte d’Alzheimer a fugué, parcouru un kilomètre, s’est retrouvée à moitié dévêtue chez des voisins, et malgré cela, elle a été renvoyée seule à son domicile !
La question est simple : comment est‑ce possible ?
Une fugue qui révèle une fragilité extrême
La personne, atteinte de la maladie d’Alzheimer, vit seule. Son unique soutien quotidien est une infirmière qui passe pour ses médicaments.
Hier, malgré un portail fermé et des difficultés habituelles à manipuler les verrous, elle a réussi à sortir de chez elle. Un acte qui, pour elle, n’a sans doute aucun sens… mais qui aurait pu avoir des conséquences dramatiques.
« Elle a marché environ un kilomètre, désorientée, vulnérable, partiellement dévêtue, avant de pénétrer dans la cour d’une maison. La personne qui l’a trouvée a fait preuve d’une bienveillance exemplaire, prenant soin d’elle et permettant, par simple bouche‑à‑oreille, de nous prévenir» nous raconte un proche.
Une ambulance fantôme
Sans cette chaîne humaine, l’histoire aurait pu basculer dans l’irréparable. En effet, le SAMU appelé à la rescousse, annonce l’arrivée d’une ambulance… La famille attend. Au bout d’un certain temps, comme sœur Anne, ne voyant rien venir, elle rappelle le SAMU qui annonce que finalement, aucune ambulance n’est disponible…
Ce revirement interroge. Comment une prise en charge peut‑elle être annoncée, puis annulée sans explication claire ?
Dans une situation où chaque minute compte, ce décalage laisse un goût amer et une inquiétude profonde.
En désespoir de cause, la famille conduit elle‑même la grand‑mère aux urgences de Montceau, vers 18 h 20. La vieille dame est prise en charge. Le personnel médical lui fait passer un scanner cérébral et une analyse de sang. Les résultats semblent rassurants.
À 22 h 20, la décision tombe : cette personne fragile doit rentrer chez elle.
« Rien d’alarmant, il faudra revoir la situation avec le médecin traitant » dit‑on à la famille sidérée.
Rien d’alarmant, vraiment ?
Mais comment considérer qu’il n’y a « rien d’alarmant » quand une personne atteinte d’Alzheimer fugue, se met en danger, et ne peut plus garantir sa propre sécurité ?
Comment justifier un retour, seule, dans le même environnement qu’elle a quitté quelques heures plus tôt, sans conscience du danger ?
Des dispositifs engagés… mais qui n’agissent pas encore
La famille a entamé des démarches, qui sont en cours. Mandataire judiciaire, DAC (dispositif d’appui à la coordination), APA (Aide pour les personnes âgées en perte d’autonomie) … Mais concrètement, rien n’est en place. On parle de délais, de dossiers en traitement, de procédures. Et de lenteur administrative…
Pendant ce temps, une femme vulnérable est renvoyée seule chez elle, sans surveillance, sans aide, sans protection. La famille est désemparée. Et elle n’est probablement pas la seule !
Un appel à témoignages
« Ce témoignage n’est pas une accusation, ni une polémique » précise la famille.
Ajoutant ; « C’est une demande de compréhension, d’explications, et de retours d’expérience ».
Les questions sont multiples : d’autres familles ont‑elles vécu une fugue similaire ? Un proche atteint d’Alzheimer peut‑il réellement être renvoyé seul après un tel événement ? Vers qui se tourner quand les dispositifs existent, mais ne se mettent pas en place ? Quelles solutions ont permis, chez vous, de sécuriser durablement un proche ?
Ce soir, une famille cherche des réponses…
Et derrière elle, c’est toute une question de société qui se pose : comment protéger ceux qui ne peuvent plus se protéger eux‑mêmes ?
Cet épisode soulève finalement un vaste débat : celui de la prise en charge des personnes vulnérables, de la coordination des services, et de la capacité collective à garantir une sécurité minimale, lorsque l’autonomie n’est plus possible…
Nelly Desplanches


