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mardi 8 septembre 2026 à 05:22

Vers 500 de notre ère, quand Rome s’efface, la Bourgogne apparaît.

Et quand l’Histoire s’écrivait déjà avant Montceau



Montceau News n’a pas la prétention d’écrire « l’Histoire » : nous ne sommes pas historiens. Mais nous sommes d’infatigables chercheurs, animés par le désir de comprendre et de faire comprendre. À l’heure où les frontières sont de nouveau contestées, où des armées envahissent des pays voisins et où certains dirigeants s’arrogent des droits sans fondement sur d’autres peuples, il nous a semblé utile de regarder en arrière. Comment nos territoires et leurs frontières se sont-ils constitués ? De quelles migrations, installations et rencontres entre les peuples nos racines sont-elles issues ? Comment les pouvoirs politiques et administratifs ont-ils progressivement dessiné l’Europe, la France et notre propre région ? L’an 500 nous est apparu comme un excellent point de départ pour tenter de répondre à ces questions.

 

De l’effacement de Rome au royaume burgonde, puis d’Autun à la vallée de la Bourbince : en resserrant la carte, on découvre moins une invasion qu’une lente métamorphose.

Regarder une carte de l’Europe en l’an 500 donne d’abord une impression de grand déménagement. Là où s’étendait l’Empire romain d’Occident apparaissent désormais les royaumes des Francs, des Wisigoths, des Ostrogoths, des Burgondes ou des Vandales. Rome n’est pourtant pas entièrement morte : l’Empire romain d’Orient, que nous appelons aujourd’hui byzantin, demeure puissant autour de Constantinople, et l’Occident conserve partout des institutions, des lois, des villes, une langue et une religion héritées de plusieurs siècles de romanité.

En réalité, l’année 476, souvent présentée comme la « chute de Rome », n’a pas éteint la lumière un soir pour la rallumer au Moyen Âge le lendemain matin. Elle marque la disparition du dernier empereur d’Occident, mais les populations continuent de cultiver leurs terres, de commercer, de prier, de payer des redevances et d’emprunter les anciennes voies. Les nouveaux rois germaniques cherchent moins à détruire l’héritage romain qu’à s’en emparer et à le faire fonctionner à leur profit.

La Bourgogne avant la Bourgogne. Le mot « Bourgogne » vient des Burgondes. Ce peuple, installé par l’autorité romaine en Sapaudia (nom latin moderne de l’Allobrogie et de la partie occidentale de l’Helvétie) autour de 443, étend progressivement son pouvoir dans les vallées du Rhône et de la Saône. Une synthèse historique récente rappelle qu’en 457, probablement, les Burgondes obtiennent notamment les cités de Lyon, Besançon, Chalon et Autun. Leur installation ne relève donc pas seulement d’une invasion improvisée : elle est d’abord négociée et organisée dans le cadre finissant de l’Empire romain.

Autour de 500, le royaume est dominé par Gondebaud. Il s’étend de la région lémanique et du couloir rhodanien jusqu’à une partie de l’actuelle Bourgogne. Il voisine au nord-ouest avec les Francs de Clovis, à l’ouest et au sud-ouest avec les Wisigoths, et au sud-est avec le royaume ostrogoth d’Italie. Les frontières ne sont toutefois ni des lignes continues ni des frontières nationales au sens moderne : le pouvoir s’exerce par les villes, les fidélités aristocratiques, les évêchés, les routes et les domaines.

La population du royaume n’est pas devenue burgonde parce qu’un roi burgonde la gouverne. Les nouveaux venus sont peu nombreux face aux Gallo-Romains. Deux traditions juridiques coexistent : la loi dite Gombette régit principalement les Burgondes, tandis qu’une loi romaine des Burgondes s’adresse aux sujets gallo-romains. Cette dualité montre à la fois la séparation des statuts et la recherche d’une coexistence politique.

La religion ajoute une autre ligne de partage. Une partie des élites burgondes suit alors le christianisme arien (doctrine chrétienne inspirée du prêtre Arius, selon laquelle Jésus-Christ, créé par Dieu le Père, ne lui est pas pleinement égal ni de même nature). Condamnée comme hérésie par le concile de Nicée en 325, elle fut néanmoins adoptée par plusieurs peuples germaniques, notamment les Burgondes, les Wisigoths et les Ostrogoths, tandis que la population gallo-romaine et ses évêques professent le christianisme nicéen, que nous appelons catholique. Cela n’empêche ni les alliances ni les dialogues. La princesse burgonde Clotilde, catholique, a épousé Clovis ; l’évêque Avit de Vienne joue auprès des souverains un rôle intellectuel et diplomatique majeur. Le royaume burgonde est donc moins un bloc ethnique qu’un délicat assemblage de pouvoirs, de droits et de croyances.

Autun : une ville romaine qui devient une ville épiscopale. En rétrécissant la focale sur notre région, Autun est incontournable. Augustodunum avait été fondée sous Auguste comme capitale des Éduens. À l’époque impériale, la ville commandait un vaste territoire et se trouvait au centre d’une étoile routière reliant notamment Lyon, Mâcon, Chalon et les régions du nord. Vers 500, elle n’a plus l’éclat monumental de ses meilleurs siècles, mais elle n’est ni vide ni rayée de la carte. Les recherches archéologiques invitent d’ailleurs à corriger l’ancienne image d’une ville entièrement ruinée après les crises du IIIᵉ siècle. Autun change progressivement de forme pendant l’Antiquité tardive. Certains quartiers se contractent, des monuments changent d’usage, la ville haute gagne en importance et le centre de gravité se déplace vers le groupe épiscopal. Sous la ville médiévale, des sols et des maçonneries de l’Antiquité tardive témoignent de cette continuité transformée. L’évêque devient l’un des personnages essentiels de la cité. Il assure une autorité religieuse, mais aussi sociale et parfois politique. Au Vᵉ siècle, l’évêque Euphrone fait édifier une basilique dédiée au martyr Symphorien. Autour de 500, les listes épiscopales mentionnent Flavichon, mais la chronologie exacte est moins solidement établie que pour les grands évêques de la fin du VIᵉ siècle. Il serait donc imprudent de lui attribuer des actes précis sans preuve directe.

La christianisation ne signifie pas que toutes les pratiques anciennes disparaissent. Elle se lit surtout dans l’organisation des lieux : sanctuaires, cimetières, mémoire des martyrs et résidence épiscopale redessinent progressivement la ville. Autun demeure en outre rattachée à la province ecclésiastique de Lyon. Le pouvoir burgonde peut changer le sommet politique ; l’Église, elle, assure une remarquable continuité locale.

Il ne faut pas non plus anticiper d’un siècle la grande période de Brunehaut et de l’évêque Syagrius. Les fondations monastiques et hospitalières qui leur sont associées appartiennent principalement à la fin du VIᵉ et au début du VIIᵉ siècle. Elles éclairent ce que deviendra Autun, mais elles ne décrivent pas exactement la ville de l’an 500.

Et dans l’actuel bassin de Montceau ? Ici, la prudence doit devenir la règle. Montceau-les-Mines n’existe évidemment pas comme ville : la commune ne sera créée qu’en 1856, dans le contexte de l’industrialisation charbonnière. Parler de « Montceau en 500 » est donc un raccourci commode pour désigner un territoire comprenant notamment la vallée de la Bourbince et les espaces actuels de Blanzy, Saint-Vallier, Sanvignes, Montcenis et Mont-Saint-Vincent. Ce territoire n’est pas pour autant désert. Des découvertes archéologiques anciennes signalent à Montceau des éléments gallo-romains, notamment un pilier et des fours de tuilier. Les collections du musée Jean-Régnier de Mont-Saint-Vincent rassemblent également des objets issus de fouilles régionales, couvrant la période gallo-romaine et le haut Moyen Âge. Elles prouvent une occupation ancienne du secteur, mais ne permettent pas, à elles seules, de dessiner précisément son peuplement en l’an 500.

Le paysage devait être formé d’exploitations rurales, de petits habitats, de bois, de terres cultivées et d’itinéraires secondaires reliant les centres plus importants. La vallée de la Bourbince constitue un passage naturel entre les bassins de la Loire et de la Saône. Autun, au nord, demeure le grand pôle politique et religieux ; Chalon et Mâcon structurent les échanges du couloir de la Saône. Les voies antiques continuent souvent à être utilisées, même lorsque leur entretien et leur statut évoluent.

Il faut aussi oublier, pour cette époque, l’image du bassin noir. Le charbon est présent sous terre, mais rien ne permet de parler d’un bassin minier comparable à celui qui naîtra bien plus tard. L’économie repose avant tout sur l’agriculture, l’élevage, la forêt, les matériaux locaux et les échanges à courte ou moyenne distance. Les éventuelles extractions anciennes ne doivent pas être confondues avec l’exploitation charbonnière organisée des Temps modernes puis avec l’industrie des XIXᵉ et XXᵉ siècles.

Mont-Saint-Vincent mérite une attention particulière en raison de sa position dominante et de ses découvertes archéologiques. Le site est ancien et stratégiquement remarquable. Cependant, les publications archéologiques soulignent aussi combien son histoire ancienne reste mal connue. On peut raisonnablement penser que cette hauteur a compté dans le contrôle ou la perception du territoire ; on ne peut pas affirmer sans réserve qu’elle abritait en 500 une forteresse burgonde précisément organisée.

Que voyait un habitant de la Bourbince vers 500 ? Probablement pas la « chute de l’Empire » telle que nos manuels la racontent. Il voyait surtout des pouvoirs et des prélèvements changer, des hommes armés servir un nouveau roi, l’évêque et les sanctuaires chrétiens prendre davantage de place, certaines grandes propriétés se maintenir et les villes romaines se transformer. Il parlait vraisemblablement une forme de latin populaire, ancêtre lointain du français et des parlers régionaux. Il se définissait bien davantage par sa famille, son domaine, sa communauté et sa foi que par une nationalité.

La présence burgonde devait être surtout perceptible dans les élites militaires, administratives et foncières, ainsi que dans le droit. Dans une campagne éloignée des résidences royales, la continuité quotidienne l’emportait sans doute sur le bouleversement visible. C’est précisément ce que les cartes politiques montrent mal : elles colorient des territoires entiers, alors que la réalité vécue demeure faite de transitions, de superpositions et d’accommodements.

Une Bourgogne déjà en train de naître. Le royaume burgonde sera conquis par les fils de Clovis en 534. Pourtant, son nom survivra. Il donnera naissance à une identité politique durable, la Burgondie, puis à plusieurs Bourgognes successives dont les limites ne coïncideront jamais tout à fait. Notre territoire se trouve ainsi, autour de l’an 500, à un moment charnière : il n’est plus pleinement romain politiquement, pas encore franc, et déjà bourguignon par le nom du pouvoir qui le domine.

L’Autunois offre le meilleur poste d’observation de cette métamorphose. Autun conserve la mémoire de Rome tout en devenant une cité épiscopale du haut Moyen Âge. Plus au sud, la vallée de la Bourbince reste un espace rural de passage et de peuplement diffus, longtemps avant que le charbon n’en bouleverse le paysage et ne fasse surgir Montceau.

Les cartes aiment les ruptures nettes et les couleurs bien séparées. L’histoire locale, elle, préfère les nuances : vers 500, chez nous, Rome ne disparaît pas tout à fait, les Burgondes ne remplacent pas tout le monde et Montceau attendra encore treize siècles et demi avant d’entrer officiellement dans le décor. Pour une époque que l’on disait autrefois « obscure », voilà déjà beaucoup de gris, et pas encore celui du charbon.

 

Gilles Desnoix

 

Histoire locale vers 500. (Repères et niveau de certitude). Vers 15 av. J.-C. : fondation d’Augustodunum, future Autun, capitale des Éduens. 443 : installation des Burgondes en Sapaudia sous contrôle romain. Vers 457 : extension burgonde vers plusieurs cités, dont Autun et Chalon. 476 : disparition du dernier empereur romain d’Occident. Vers 500 : règne de Gondebaud ; l’Autunois appartient au royaume burgonde. 534 : conquête du royaume burgonde par les Francs. 1856 : création de la commune de Montceau-les-Mines.

(Ce que l’on sait et ce que l’on ignore). Très solide : appartenance d’Autun au royaume burgonde autour de 500 ; persistance d’une société majoritairement gallo-romaine ; rôle croissant de l’évêque ; continuité transformée de la ville antique. Solide mais général : caractère rural et diffus de l’occupation dans la vallée de la Bourbince ; maintien d’anciens itinéraires ; absence d’une ville de Montceau. À manier avec prudence : tracé exact des voies locales, densité du peuplement, statut précis de Mont-Saint-Vincent et attribution ethnique des sépultures ou objets. L’archéologie actuelle déconseille d’appeler automatiquement « burgonde » toute tombe du Vᵉ ou du VIᵉ siècle découverte dans l’ancien royaume.

 

Sources principales : Jean-Charles Picard, Sylvie Balcon-Berry, Laurence Ripart, Jean-Pierre Chambon, Pierre Nouvel, Atlas des paysages de Saône-et-Loire, DREAL Bourgogne-Franche-Comté, Dictionnaire historique de la Suisse, « Burgondes » et « Loi Gombette », Pierre Chopelain, Office de tourisme Creusot Montceau, Musée archéologique Jean-Régnier.

 

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