Montceau-les-Mines : Faits de société
Quand la manche devient un paysage ordinaire
Ce soir, en sortant d’un magasin, j’ai croisé un homme encore jeune. Assis à même le sol, un chien couché contre lui, un simple gobelet posé devant ses pieds, pour recueillir quelques pièces. Une image parmi tant d’autres, pourrait-on dire. Pourtant, je n’arrive pas à m’y habituer…
Une précarité devenue trop visible
Car ce qui me frappe aujourd’hui, ce n’est pas seulement la présence de ces femmes (plus rares) et de ces hommes qui tendent la main. C’est leur nombre, de plus en plus important. À la sortie des hypermarchés, devant les boulangeries, aux abords des centres commerciaux, ils sont partout. Comme si la mendicité était progressivement devenue un élément normal du décor. Et c’est précisément cela qui inquiète.
Quand remplir son caddie devient un défi
La vie est devenue terriblement chère. Faire le plein de carburant est un calcul. Remplir un caddie est devenu une source d’angoisse pour beaucoup de familles. Les produits de première nécessité augmentent, les factures s’accumulent et les fins de mois commencent parfois dès le milieu du mois (ou bien avant pour certains). Alors ceux qui quémandent aujourd’hui s’adressent à d’autres personnes qui, souvent, ne sont pas beaucoup plus riches qu’eux.
La générosité à hauteur de moyens
Il suffit d’observer les gobelets. On y voit surtout quelques pièces jaunes, déposées avec bonne volonté, mais aussi avec les limites de ceux qui donnent. Un euro par-ci, cinquante centimes par-là. Des gestes généreux, venant de personnes qui surveillent elles-mêmes chaque dépense.
Les fragiles au secours des fragiles
C’est peut-être cela le plus troublant. Les pauvres demandent aux modestes. Les fragiles essaient d’aider les fragiles. Pendant ce temps, chacun tente simplement de tenir debout. Je ne prétends pas avoir de solution. Mais je me pose une question : où allons-nous ?
Le risque de s’habituer à l’inacceptable
Il fut un temps où ces situations existaient, bien sûr, mais elles semblaient exceptionnelles. Aujourd’hui, elles deviennent familières. À force de les voir, nous risquons même de ne plus les regarder. Et pourtant, derrière chaque gobelet tendu, il y a une histoire, un accident de la vie, une détresse, une solitude.
Voir un jeune homme assis sur le trottoir avec son chien, ne devrait jamais nous laisser indifférents. Non parce qu’il serait différent de nous, mais précisément parce qu’il nous ressemble. Parce que personne n’est totalement à l’abri des difficultés, et parce qu’une société se juge aussi à la place qu’elle laisse aux plus vulnérables.
Derrière la mendicité, des parcours de vie très différents
Il ne faut toutefois pas oublier que derrière la mendicité se cachent des réalités très diverses. Si nombre de personnes sont confrontées à des difficultés économiques, sociales ou familiales, une petite partie d’entre elles revendique également un mode de vie en marge des normes traditionnelles.
Rupture avec la société, refus des contraintes habituelles, problèmes d’addiction ou parcours de vie chaotiques, peuvent alors conduire certaines personnes à faire le choix de la rue ou de la mendicité.
Derrière chaque main tendue, une histoire
Ce soir, je ne ressens ni colère ni jugement. Seulement une immense tristesse. Celle de voir apparaître sous nos yeux une misère qui semblait autrefois plus lointaine. Et la crainte qu’un jour, faute de pouvoir vivre dignement de leur travail ou de leurs ressources, toujours plus de personnes soient contraintes de tendre la main à leur tour.
Car quand la mendicité devient banale, ce n’est pas seulement le problème de ceux qui demandent. C’est le reflet d’une société qui souffre…
Nelly Desplanches


