Blanzy : Médiathèque
Montceau se raconte à voix haute : une soirée de mémoire partagée

Ce vendredi, la médiathèque a accueilli un moment chargé d’émotion et de mémoire collective : la présentation officielle de la troisième édition de « Montceau d’Avant », l’ouvrage de Jean‑Noël Marchandiau, consacré à l’histoire et aux visages qui ont façonné la ville.
Devant une salle attentive et visiblement touchée, l’auteur a choisi de s’effacer (pas tant que cela en fait) pour laisser la parole à celles et ceux qui ont contribué à cette nouvelle édition. Les témoins, dont les récits nourrissent le livre, se sont succédés pour partager anecdotes, souvenirs et fragments de vie.
Chacun a apporté sa pierre à cet édifice mémoriel, rappelant combien Montceau‑les‑Mines porte en elle une histoire humaine dense, parfois oubliée, mais toujours vibrante.
Jean‑Noël Marchandiau, fidèle à son approche participative, a souligné l’importance de ces voix qui donnent au livre sa profondeur et son authenticité. Cette troisième édition, enrichie de nouveaux témoignages, s’inscrit dans la continuité d’un travail de collecte et de transmission entamé depuis plusieurs années.
Nadine Audin-Bredillet
Parmi les interventions marquantes, celle de Nadine Audin‑Bredillet a particulièrement touché le public. L’ancienne gymnaste est revenue sur les débuts de sa brillante carrière, soutenue par ses parents et portée par un défi aussi tendre qu’insolite.
En effet, ils lui avaient promis un petit singe, si elle parvenait à participer aux Jeux olympiques. Avec un sourire complice, elle a raconté comment cette promesse enfantine l’avait accompagnée tout au long de son parcours sportif. Elle a finalement disputé les Jeux de Munich… et obtenu le fameux singe, symbole d’un rêve accompli et d’une détermination précoce.
Marquis Etienne de Barbentane
Autre voix marquante de la soirée, celle du Marquis Étienne de Barbentane, homme discret, mais profondément attaché à son histoire familiale. Il a évoqué avec simplicité son enfance passée au château du Plessis, dont il est aujourd’hui le propriétaire. Interpellé par le public sur la possibilité de visiter ce lieu chargé d’histoire, il a répondu avec franchise.
« Nous ne faisons pas de visites du château, car cela représente énormément d’entretien, intérieur comme extérieur : les allées, les terrasses… Nous ne pouvons plus utiliser de désherbant et cela demande beaucoup de travail et de frais », a‑t‑il expliqué.
Il a toutefois rappelé que le domaine s’ouvre exceptionnellement au public une fois par an depuis trois ans, en partenariat avec l’AREB, l’Association de restauration de l’église de Blanzy, permettant ainsi aux visiteurs de découvrir ce patrimoine dans un cadre maîtrisé.
Jean Baudin
Jean Baudin, venu évoquer la mémoire de son père, Félix Baudin, dont le nom est aujourd’hui associé à l’un des gymnases historiques de Montceau‑les‑Mines.
Avec émotion et simplicité, il a retracé le parcours de cet homme discret mais profondément engagé dans la vie locale. Son intervention a permis de redonner un visage et une histoire à celui dont le nom résonne encore dans le domaine sportif montcellien.
À travers ses mots, le public a découvert un homme attaché à sa ville, respecté pour son investissement et dont l’héritage perdure au‑delà des générations.
Richard Bonnot
L’ancien membre des Charlots, figure montcellienne au parcours artistique singulier, avait en effet livré ses témoignages pour l’ouvrage peu de temps avant sa disparition, alors qu’il était hospitalisé en région parisienne. Malgré la fatigue et la maladie, il avait tenu à partager ses souvenirs, ses anecdotes et son attachement profond à Montceau‑les‑Mines.
Guy Boguet
De son côté, Guy Boguet a transporté l’auditoire dans le Sanvignes des années 60, qu’il a décrit avec une conviction chaleureuse et une pointe de nostalgie. À travers ses souvenirs, il a fait revivre une époque où la qualité de vie, la simplicité du quotidien et la proximité entre les habitants donnaient au village une atmosphère particulière. Son témoignage, riche en détails et en émotions, a rappelé combien ces années ont marqué durablement ceux qui les ont vécues, et combien elles continuent de nourrir l’identité locale.
François Bouton
Si François Bouton n’était pas présent lors de la soirée, son souvenir a néanmoins été chaleureusement ravivé par Jean‑Noël Marchandiau, qui a partagé plusieurs anecdotes le concernant.
Il a rappelé que Bouton avait fait partie d’un orchestre aux côtés de Didier Mathus, ancien maire de Montceau‑les‑Mines, et qu’il aimait répéter avec humour que le quartier du Bois-Roulot était « le centre du monde ».
- Marchandiau a également évoqué, avec un sourire, la manière dont François Bouton se présentait comme le « conservateur en chef » du cabinet installé au fond de son jardin !
Renée Collas
Parmi les personnes qui ont contribué à apporter leur témoignage, Renée Collas, ancienne reine du centenaire de Montceau, a suscité un bel élan de tendresse et d’admiration.
Avec son humour intact, elle s’est présentée en déclarant qu’elle avait désormais « 91 ans, 25 kg en plus et 11 cm en moins », avant d’ajouter qu’elle espérait bien fêter son propre centenaire. Sa présence lumineuse et son franc-parler ont apporté une note de fraîcheur et de joie, rappelant combien ces figures locales continuent d’incarner l’âme et la mémoire vivante de Montceau.
Dan Debarnot
La soirée a également permis d’évoquer la mémoire de Dan Debornot, disparu récemment, connu pour ses publications régulières de ses célèbres “Joyeuses”, ces chroniques pleines d’esprit qui faisaient sourire bien des Montcelliens. Avant son décès, il avait tenu à livrer ses souvenirs pour l’ouvrage, un témoignage devenu d’autant plus précieux aujourd’hui.
Olympe Debarnot
Son ex‑épouse, Olympe, ancienne directrice de l’école ménagère de Montceau, avait-elle aussi partagé ses propres réminiscences, offrant un éclairage complémentaire sur une époque et un quotidien aujourd’hui révolu. À travers leurs voix, c’est tout un pan de la vie montcellienne qui ressurgit, empreint de chaleur, d’humour et d’humanité.
Josette Degano
Josette Degano a partagé ses souvenirs de cette belle et grande entreprise qu’était Clayeux, fleuron industriel du bassin minier. Elle a évoqué avec émotion l’ambiance chaleureuse et la fierté qui animaient les salariés, rappelant que l’usine était dirigée par M. Clayeux, un patron respecté, humain et profondément attaché à son personnel.
À travers ses mots, elle a souligné combien cette entreprise avait compté pour Montceau‑les‑Mines et pour toute une génération de travailleurs, contribuant largement à la vitalité économique et sociale du territoire.
Sylviane Emorine
Elle a, elle aussi, livré un témoignage fort, en évoquant l’histoire de son père, mineur à Darcy. À travers ses souvenirs, elle a rappelé la dureté du métier, la solidarité entre les hommes du fond et la fierté qui animait ces travailleurs dont la vie était intimement liée à la mine.
Son récit, relaté par M. Marchandiau, car elle n’était pas présente, empreint d’émotion et de respect met en lumière une part essentielle de l’identité du bassin minier, celle de ces familles dont le quotidien était rythmé par le travail au fond et par la force d’une communauté soudée.
Colette Laudet
Bien qu’elle n’ait pas pu être présente, son témoignage a été évoqué dans la soirée. À travers le récit transmis, elle a dévoilé les coulisses de l’orphelinat de Bellevue, un lieu emblématique de l’histoire sociale du bassin minier.
Son évocation du quotidien des enfants, des règles strictes, des moments de solidarité et des petites échappées qui rythmaient la vie de l’établissement a permis de redonner vie à une institution souvent évoquée, mais rarement décrite de l’intérieur.
Michel Laudet
Bien que Michel Laudet n’ait pas pu être présent lors de la soirée, son témoignage figure parmi ceux qui donnent toute sa richesse au livre. Il y raconte son passé de Canalou, évoquant la vie au bord de l’eau, les métiers, les habitudes et l’esprit si particulier de cette communauté.
À travers ses souvenirs, transmis en amont, il offre un éclairage précieux sur un univers aujourd’hui disparu mais profondément ancré dans l’histoire locale. Son absence n’a pas empêché son récit de trouver toute sa place, apportant une nouvelle facette à la mémoire collective du bassin minier.
Jacky Lautissier
Il a évoqué l’histoire de l’ancienne usine de chaussettes Blanchard, autrefois un site industriel dynamique et reconnu. À travers son témoignage, il a rappelé ce que représentait cette entreprise pour Montceau‑les‑Mines, tant sur le plan économique que social.
Mais il a aussi souligné, non sans amertume, ce qu’est devenu le bâtiment aujourd’hui : une véritable verrue dans le paysage montcellien, vestige abandonné d’une époque révolue. Son intervention a mis en lumière le contraste entre la vitalité d’hier et l’abandon actuel, rappelant combien ces lieux chargés d’histoire mériteraient une nouvelle vie.
Jocelyne Lautissier
Elle a témoigné de ses années passées à l’école de Bellevue, où elle a enseigné avec passion. Elle a évoqué la vie de l’établissement, les élèves, les collègues, et cette atmosphère si particulière qui marque une carrière entière.
Elle a aussi raconté la fabuleuse histoire de la souche d’arbre, non pas liée à son propre parcours, mais à celui de son père. Elle a sauvé cette souche gravée par ce dernier, in extremis, d’une coupe annoncée.
Daniel Simon
Bien que Daniel Simon n’ait pas pu être présent lors de la soirée, son témoignage occupe une place importante dans l’ouvrage. Il y raconte l’histoire de sa famille, profondément liée à la Résistance : son père et son grand‑père ont tous deux appartenu au maquis, inscrivant leur nom dans la mémoire combattante du territoire.
Il évoque également avec précision et nostalgie les commerces de Blanzy, ces boutiques et petites échoppes qui animaient autrefois le bourg et structuraient la vie quotidienne. À travers ses souvenirs transmis en amont, c’est tout un pan de la vie blanzynoise qui ressurgit, entre courage, solidarité et mémoire des lieux.
Sylvie Sniezek
Fille de Renée Collas, elle a apporté une touche gourmande et pleine d’humour à la soirée en racontant ses souvenirs lorsqu’elle allait « manger chez la Suzanne » à Mont‑Saint‑Vincent.
Dans cette petite auberge au charme rustique, la fameuse Suzanne avait une manière bien à elle de gérer l’addition : elle facturait le jambon cru au poids, ce qui donnait parfois lieu à des scènes cocasses et mémorables. À travers ces anecdotes savoureuses, Sylvie a redonné vie à un lieu emblématique, où l’on venait autant pour la table que pour le caractère inimitable de sa patronne.
Pour les absents
Pour conclure la soirée, Jean‑Noël Marchandiau n’a pas résisté à glisser une remarque pleine d’esprit : il a déploré, avec humour, que plusieurs de ceux qui avaient apporté leur témoignage dans le livre n’étaient finalement pas présents ce vendredi soir.
Une façon malicieuse de rappeler que la mémoire collective se construit parfois avec ceux qui parlent, même quand ils ne sont pas là pour l’entendre…
Clin d’oeil
Tout au long de la soirée, un clin d’œil amusé est revenu comme un refrain : chacun, ou presque, a conclu son intervention par la même invitation malicieuse : « Si vous voulez connaître la suite… achetez le livre ! ».
Une manière souriante de rappeler que la mémoire locale se savoure aussi en tournant les pages.
Dédicace ce samedi à Sanvignes
Et pour celles et ceux qui voudraient aller plus loin, Jean‑Noël Marchandiau dédicacera l’ouvrage ce samedi 25 avril, à 10 h, à la bibliothèque de Sanvignes.
Une belle occasion de prolonger la soirée, cette fois autour d’un livre et d’un échange direct avec son auteur.
Nelly Desplanches




















