Retraités Michelin de Blanzy
"10 ans de train-train quotidien" pour Georges Esquis
C’est en 1980, dans le numéro 519 de BIB revue, le journal d’entreprise Michelin, que ses collègues ont entendu parler de lui et de sa fameuse locomotive pour la première fois. Georges Esquis est entré chez Michelin en 1972, avant son service militaire. Il travaillera aux cuissons, dans l’usine de La Fiolle, jusqu’à son départ en mesure de fin de carrière en 2011.
Le jardin de son enfance à Montceau-Les-Mines était situé près de la voie ferroviaire : Montchanin- Paray-Le-Monial. Combien d’heures a-t-il passé à contempler les 141 R qui crachaient leurs fumées noires en rejetant des escarbilles dans une odeur mêlée d’huile chaude et de vapeur ? Il n’a pas oublié le visage buriné des conducteurs qui bichonnaient avec amour leurs « Libérations ». C’était le surnom de ses machines qui, lancées à pleine vitesse, poussaient de grands coups de sifflet stridents avant d’attaquer la forte rampe située à une centaine de mètres de sa maison. Toute son enfance, il a joué au train mécanique, il a collectionné des revues spécialisées et des documents traitant des problèmes de chemin de fer.
C’est en 1975, qu’il prend la décision de construire une maquette animée. Avec des plans fournis par la SNCF et des renseignements pris au dépôt de Nevers où il a pu regarder à loisir de vraies 141 R, il commence par dessiner une locomotive pièce par pièce en serrant la réalité au plus près. Puis il travaille l’acier, le bronze, le cuivre et le laiton avec ses premiers outils rudimentaires. Ceux-ci seront remplacés, grâce à ses économies, par un outillage quasi professionnel : tour, fraiseuse, poste à souder, forge. Mis à part les écrous et les tiges filetées, il a réalisé quelques cinq cent pièces de ses mains. Cela va d’un châssis de 68cm de long aux clapets des pompes de 4 mm de diamètre en passant par les roues motrices taillées dans la masse, les bielles, les pistons, les dispositifs de freinage, les tuyauteries, le sifflet.
Que de patience, que de savoir-faire, lui a-t-il fallu pour réaliser cette fidèle réplique de Mikado 141 R de 72 cm de long, 15 cm de large et 23 cm de haut pour un poids de 28 kg !
10 ans de travail, 4000 heures pour reproduire en miniature une locomotive de légende* qui a été fabriquée à 1340 exemplaires aux USA et au Canada par 5 constructeurs différents entre juillet 1945 et juillet 1947.
La législation en cours n’autorisant pas de faire fonctionner des machines sous pression en présence de public, c’est donc statique que nos visiteurs ont admiré la bête mais Georges nous a promis de la remettre sur les rails pour un voyage privé en toute sécurité. Nul doute que les places seront chères.
* Avec son tender de 75 tonnes, capable d’emmagasiner 30 tonnes de charbon, sa masse totale en charge de 191 tonnes pour une longueur de 24.13 m, ce monstre d’une puissance de 2150 kW tracta en France, de 1945 à 1974 des trains emblématiques tels que le « Mistral » ou encore « Le Train Bleu » à une vitesse maximale de 100 km/h.
Guy Mézery




