Saint-Vallier : Conférence sur la ligne de démarcation
Sébastien Joly fait revivre un chapitre méconnu de la Saône‑et‑Loire
L’ECLA de Saint‑Vallier a accueilli ce dimanche, une conférence passionnante animée par l’historien Sébastien Joly, consacrée à la ligne de démarcation qui traversa la Saône‑et‑Loire durant la Seconde Guerre mondiale.
Un conférencier précis et documenté
Sébastien Joly est professeur d’histoire au collège Anne Franck à Montchanin. Il est également président des Combattants Volontaires de la Résistance, une association créée après-guerre par des anciens résistants. L’objectif étant de se souvenir de cette guerre et de la transmettre.
« J’ai écrit ce livre sur la ligne de démarcation en mai dernier, grâce à toutes mes recherches sur le sujet, collectées depuis 15 ans… Ce fut un long travail, commencé quand j’étais étudiant en histoire à Lyon. Et ce, dans le cadre de ma maîtrise. J’ai rencontré de nombreux témoins, j’ai découvert des archives et je me suis dit qu’un jour, il faudrait que je couche tout cela dans un livre… » livre Sébastien Joly.
Ajoutant : « Je me suis rendu compte que la seconde guerre mondiale avait assez peu été travaillée et souvent de façon plus globale que locale. Surtout dans notre département. Dans cet ouvrage, je livre plus de 60 témoignages, disséminés sur tout le tracé, des archives inédites aussi ».
Avec son association, Sébastien Joly a mis sur pied des poteaux gravés et des pupitres explicatifs et 15 communes les ont inaugurés (parmi elles Pouilloux, Saint-Laurent-d’Andenay, Saint-Eusèbe etc.).
Avant le début de cette conférence, M. Joly a dédicacé son livre « Sur les traces de la ligne de démarcation en Saône-et-Loire » et échangé avec ses lecteurs.
Puis Christophe Dumont, 1er adjoint au maire Alain Philibert, présent lui-aussi ce dimanche, s’est félicité de voir « la jeunesse venue en nombre à cette conférence ».
Un chapitre méconnu de l’histoire locale
Devant un public attentif, le conférencier a dévoilé un chapitre souvent méconnu de l’histoire locale, pourtant essentiel pour comprendre le quotidien des habitants sous l’Occupation.
Avec une grande clarté, Sébastien Joly a évoqué Irène Némirovsky, qui a occupé une place particulière dans l’histoire de la ligne de démarcation. Écrivaine d’origine ukrainienne, installée en France dès les années 1920, elle a vécu directement les conséquences des lois antisémites et des restrictions imposées sous l’Occupation. Arrêtée en juillet 1942 parce qu’elle était juive, elle fut déportée à Auschwitz où elle mourut quelques semaines plus tard.
Dans sa conférence, Sébastien Joly a rappelé combien le destin d’Irène Némirovsky illustre la brutalité de cette période. Son œuvre, notamment Suite française, écrite dans l’urgence et retrouvée bien après la guerre, témoigne avec une lucidité saisissante du climat de peur, de fragmentation et de survie qui régnait alors. Elle y décrit une France coupée, désorientée, où la ligne de démarcation n’est pas seulement une frontière géographique, mais aussi une fracture humaine et morale.
Évoquer Irène Némirovsky, c’est rappeler que derrière les cartes, les règlements et les archives, il y a des vies brisées, des familles dispersées et des voix que l’Histoire a parfois tenté de faire taire. Sa trajectoire, tragique et lumineuse à la fois, donne une profondeur supplémentaire à la compréhension de cette période.
Un département coupé en deux
Le conférencier rappelle comment cette frontière intérieure, instaurée en 1940, a coupé le département en deux, séparant familles, activités économiques et territoires autrefois unis.
À travers des exemples concrets, des cartes, des témoignages et un important travail d’archives, il a montré comment cette ligne arbitraire a transformé les gestes les plus simples : se déplacer, travailler, se ravitailler ou simplement franchir un pont.
L’historien a également mis en lumière la dimension humaine de cette période. Derrière les règlements et les contrôles, il a rappelé les histoires de solidarité, de courage et parfois de résistance discrète qui ont marqué la vie quotidienne. Ces récits, souvent transmis oralement, constituent aujourd’hui une mémoire précieuse qu’il s’attache à préserver.
La conférence a aussi souligné un point essentiel : malgré son importance, la ligne de démarcation a longtemps été oubliée dans les commémorations et les récits officiels. Le travail de Sébastien Joly contribue à lui redonner une place légitime dans l’histoire du territoire, en révélant l’impact profond qu’elle a eu sur la Saône‑et‑Loire.
Grâce à son sens de la pédagogie et à une présentation vivante, Sébastien Joly a su captiver l’auditoire de l’ECLA. Une soirée riche en découvertes, qui a permis de mieux comprendre un épisode local encore trop peu connu, mais fondamental pour saisir la réalité de l’Occupation.
Nelly Desplanches










