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jeudi 30 juin 2011 à 21:17

« Le bouclier Lagarde »

Ecrit Philippe Baumel après l'élection de Christine Lagarde à la tête du FMI



La réaction de Philippe Baumel, vice-président de la Fédération Nationale des Elus Socialistes et Républicains et président de l’UDESR, après l’élection de Christine Lagarde à la direction générale du FMI :


« Le concert de louanges tressé autour de l’accession de Christine Lagarde à la direction générale du FMI devrait nous amener à prendre un peu de recul et à analyser le parcours de l’ancienne ministre de l’Economie et des Finances.


A y regarder de près, les chiffres montrent un bilan contrasté, voire sévère. Les deux réformes clés de son ministère se traduisent, en vérité, par un endettement accru de la France. En 2007, le « Paquet fiscal » limitant l’imposition des plus riches,  a entraîné une perte de recette de 10 milliards d’euros par an, financée dans le budget de l’Etat uniquement par l’endettement. De même, la réforme de la taxe professionnelle pour alléger les charges des entreprises implique une perte de 9,2 milliards d’euros par an, là encore financés par l’emprunt.


Mais au-delà, plus structurellement, les cinq voyants clés de l’économie française – fiscalité, déficit public, dette, commerce extérieur, emploi- ont tous subi une évolution négative. Nos impôts, au lieu de baisser comme promis, seront en 2012 à 43,4% du PIB, ils étaient à un niveau identique en 2007. Le déficit structurel annuel était de 3,7% du PIB en 2007, il s’est aggravé, atteignant 5% en 2010. La dette publique a explosé, passant de 64,2% en 2007 à 82,3% en 2010, soit +22%. Notre commerce extérieur, équilibré en 2003, a vu son déficit passer à 24 milliards d’euros en 2005, année où Mme Lagarde a été nommée secrétaire d’Etat chargée du dossier, puis grimper à 51 milliards en 2010. Enfin, le chômage repart actuellement à la hausse. Tous les indicateurs structurels ont ainsi viré au rouge vif.


Plus que des résultats, Mme Lagarde, c’est un style. Celui d’une certaine élite financière où l’aisance sociale résulte des moyens pécuniers. Considérations sociales, égalité républicaine, comportement de l’Etat et de sa fonction régulatrice : tout cela est loin, très loin des préoccupations et paramètres de cette avocate d’affaires.


L’essentiel est bien là, les affaires. Celles de Bernard Tapie comme celles traitées via le FMI, pour faire en sorte que l’argent ne manque pas à ceux qui en ont déjà beaucoup. Mme Lagarde est un bouclier : bouclier fiscal, bouclier présidentiel et bientôt bouclier d’un système financier international aux abois mais toujours hégémonique. Saura-t-elle au FMI penser des réformes équilibrées, urgentes pour les peuples « indignés » et méprisés par le monde de l’argent afin qu’ils voient ouvertes des perspectives de vie et de progrès ? Saura-t-elle entendre les demandes des pays émergents qui l’ont soutenue, la préférant au candidat mexicain jugé trop libéral et conformiste vis-à-vis des pays riches ? Au regard de son bilan en France, on peut au moins en douter…Les Parisiens, eux, ne s’y étaient pas trompé : la seule fois où Mme Lagarde s’est présentée au suffrage universel lors des dernières municipales, elle a été cruellement défaite. »


Philippe Baumel, Président de l’UDESR
Vice-président de la FNESER







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