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lundi 18 juillet 2011 à 15:01

« Pourquoi j’ai refusé d’approuver l’intervention française en Libye »

Par Didier Mathus, député de Saône-et-Loire



« Le 12 juillet, l’Assemblée nationale a débattu de l’intervention militaire en Libye et l’a massivement approuvée.


Pour ma part, j’ai refusé de participer à ce débat et je n’ai pas pris part à ce vote, respectant la délibération collective de mes collègues du groupe parlementaire socialiste mais ne l’approuvant pas.


Je considère l’intervention occidentale comme arbitraire, illégitime et dangereuse.


Arbitraire, car on voit mal parmi les, hélas, innombrables et cruels conflits qui enflamment une bonne partie de la surface du globe ce qui exigerait, là plus qu’ailleurs, une intervention des armées occidentales. Les tirades de BHL et des guerriers du 6e arrondissement, ou le simple fait qu’il est plus commode d’envoyer des avions en Libye plutôt qu’en Birmanie ? L’exigence morale de secours à un peuple ami ou plutôt les calculs électoraux du candidat Sarkozy ? Pourquoi la Libye et pas la Syrie, où, mis à part quelques froncements de sourcils, on laisse Assad massacrer en paix ? Comment justifier cette réactivité soudaine en Libye au regard de l’apathie occidentale à Gaza et en Cisjordanie ?



Illégitime, car le moins que l’on puisse dire est que le caractère démocratique de l’insurrection ne saute pas aux yeux lorsque l’on observe l’étrange conglomérat qui la dirige. Kadhafi est un tyran particulièrement dangereux, personne ne l’ignore. Mais cela n’a rien de nouveau puisqu’il est même l’un des plus anciens despotes au pouvoir. Il l’était déjà en 2007, et le monde entier le savait, lorsque Sarkozy l’invitait à l’Elysée et le recevait avec un faste outrancier. Il n’y a pas d’autre explication à cette brusque volte-face que l’espoir du président français de faire oublier ses compromissions et son aveuglement initial dans les révolutions arabes. La France se trouve engagée dans une guerre de convenance personnelle.



Dangereuse, car cette intervention prend le risque de discréditer et de menacer toutes les révolutions arabes, à commencer par la si fragile révolution du jasmin en Tunisie. Il est déjà clair qu’elle fait le lit des islamistes qui sont d’ailleurs une composante majeure de « l’insurrection » libyenne. Les partenaires arabes de la coalition si fortement affichés au début de l’intervention se résument aujourd’hui au seul émirat du Qatar, c’est un peu mince !


Dangereuse, car les buts de guerre assignés par l’ONU étaient limités à la seule protection des populations civiles. Nous en sommes déjà loin puisque l’on parle surtout de l’élimination physique et politique de Kadhafi et qu’on livre désormais des armes aux rebelles de l’est. Quelle sera la prochaine étape ?
Dangereuse, car sans la construction d’une perspective politique alternative sérieuse, l’intervention militaire ne peut aboutir qu’à la partition de la Libye ou à l’établissement d’un protectorat à la durée très incertaine, dans le plus pur style néo-colonial.



Enfin, au moment où l’on glose sans fin sur l’ampleur des déficits publics, a-t-on réellement mesuré le coût de cette guerre qui s’enlise ? La France en a-t-elle aujourd’hui vraiment les moyens ? Au moins 160 millions d’euros reconnus par le gouvernement depuis le début des frappes. Beaucoup plus selon d’autres sources. A coup sûr au moins 1 à 1,5 millions d’euros par jour (un seul missile SCALP coûte 500 000€). Rien de tout cela n’est prévu au budget.



La résistance inattendue des forces loyales à Kadhafi montre au moins une chose : cette intervention militaire a été déclenchée, non au terme d’une réflexion stratégique, mais au fil de l’émotion, en cédant à l’impulsion d’un gain électoral supposé, sans analyse de la réalité du pays et des forces en présence.
La « guerre éclair » s’est muée en bourbier interminable
.



Et si M. Sarkozy, dans sa hâte guerrière, s’était une fois de plus trompé du tout au tout ?« 


 



Didier Mathus






8 commentaires sur “« Pourquoi j’ai refusé d’approuver l’intervention française en Libye »”

  1. lebonsens dit :

    Bonjour,

    Voilà une analyse très fine et très réaliste de notre ami « DIDIER », capable de se démarquer de façon intelligente de ses amis.

  2. scania dit :

    D’accord sur le fond .
    Les forces loyales à KADHAFI le sont non pas par conviction politique ou tribale mais par conviction sonnantes et trébuchantes donc effectivement cela peut durer longtemps .

  3. michel scevolat dit :

    Enfin une voix qui sonne vrai. Merci Didier. En effet que fait on en Libye, que fait on en Afghanistan, que fait on dans bien d’autres pétaudières ? En avons nous les moyens ? A mot couvert c’est bien sûr non.

  4. dc37e dit :

    Comme d’habitude , notre député refuse de se mouiller, et se contente de critiquer sans rien proposer . Comme pour de nombreux problèmes, il se contente de donner des leçons de morale , c’est tellement facile . Pas un mot pour nos courageux soldats et ne même pas reconnaitre le courage des décideurs . Il est si facile de juger et de critiquer, mais quand il faut prendre des risques , au nom de ses idées , au nom de la grandeur de la France, de la défense des peuples opprimés, il n’y a plus personne …Quel courage

  5. scania dit :

    Je ne suis pas sur que la France sorte grandie dans cette histoire Lybienne.
    Je ne suis pas sur qu’au final le peuple Afgan ou Lybien sorte de l’oppression après la soit disant aide occidentale.
    Ca sent un peu le bourrage de crane militariste la sortie de notre ami de la 37 eme.

  6. legrandquonvoitdeloin dit :

    à dc37e…
    Je ne partage pas votre point de vue. Chacun est libre de s’interroger sur cette intervention en Lybie, dont le moins qu’on puisse en dire est qu’elle est loin de se dérouler comme nos dirigeants actuels l’avaient prévu. S’interroger sur cette campagne militaire, comme le Fait M. Mathus, ne signifie nullement manquer de respect pour les soldats présents sur le terrain. On a toutefois le droit de s’interroger sur les motivations politiques qui ont mené à leur présence et à leur engagement. Votre idée de la grandeur de la France n’est pas forcément partagée par tous…Quant aux peuples opprimés, vous en parlez à votre aise. Je ne souhaite que la liberté et le bonheur pour le peuple Lybien, tout comme aux peuples Palestinien, Afghan et beaucoup d’autres. Nos décideurs peuvent vous paraître courageux, mais ils peuvent sembler brouillons dans leur attitudes contradictoires, notamment vis à vis de Kadhafi, reçu en grande pompe il y a peu à Paris. Si comme vous le dites, notre député « refusait de se mouiller », il n’aurait pas pris ce genre de décision, ni rédigé un tel communiqué… Dois-je en déduire que pour vous, un vrai républicain doit fermer sa g… ? le discours avec nous ou contre nous ?

  7. Nomade dit :

    La France est une république, mais pas le monde, loin de la.
    La république entre républicains, c’est beau, ça fait de très belle phrases :
    D’un coté la grandeur de la France qui défend l’opprimé
    De l’autre, refuser de s’engager dans des conflits étrangers car pas assez de noblesse dans les motivations.
    Il faut faire preuve de réalisme, notre intervention en syrie n’a pas grand chose de noble mais elle revêt une importance stratégique (contrats, sécurité etc….). Laisser un pays aussi proche se déchaîner dans autant de violence sans rien faire aurait été bien plus néfaste qu’une campagne militaire même mal menée.

  8. scania dit :

    Message pour Nomade:
    C est en Lybie qu on a été faire les malins pas en Syrie.
    En Syrie on n’y va pas car les Iraniens sont jute à coté et ils n’attendent que ça pour nous foutre sur la gueule.