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samedi 23 juillet 2011 à 11:21

« Environnement : les mauvais coups de l’été »

Par Thierry Grosjean, président de la CAPEN 71



« On se demandait où et quand :  nous sommes fixés !  Chaque année, le pouvoir profite de la torpeur de l’été pour porter ses coups bas. Cette année, c’est une attaque nationale, à défaut –pour le moment – de mauvaises nouvelles locales ou régionales. Le journal officiel a publié le 13 juillet un décret modifiant les conditions d’agrément des associations nationales (1).


Il fallait pour le gouvernement, à l’orée d’élections qui s’annoncent musclées, satisfaire un électorat radicalement anti-écologiste et concrétiser le fameux « l’environnement, çà commence à bien faire » du président de la République. En période de crise sociale, il était encore plus tentant de s’en prendre aux associations environnementales, pour conforter dans l’opinion leur statut « accessoire ». Ce n’est pas en effet cette manœuvre qui changera le niveau de vie menacé des français.


Le décret fixe les conditions de participation des associations aux débats et instances diverses sur l’environnement, au niveau national. Elles devront dorénavant compter au moins 2000 adhérents mais surtout apporter la preuve de leur « indépendance ».


Ce texte est liberticide en ce qu’il empêchera les associations de « lanceurs d’alerte » (2) de pouvoir s’exprimer. Ce sont elles qui, cette dernière décennie, ont contraint les gouvernements à ouvrir des débats scientifiques et citoyens sur les principaux scandales sanitaires – amiante, cancers liés à l’environnement, poisons de l’agro-industrie, gaz de schistes …..ou autres controverses – ondes électro-magnétiques, pesticides, OGM, nanotechnologies, etc…qui se sont tous avérés utiles et bénéfiques pour la santé publique.


Indépendance ?  L’Etat serait bien inspiré d’en faire autant avec ses « experts » patentés, la plupart du temps à la solde des lobbies, dans lesquels l’opinion n’a d’ailleurs plus aucune confiance. Aucun texte protégeant les scientifiques lanceurs d’alerte n’a jamais été élaboré, contraignant ces derniers à se réfugier dans des associations de citoyens pour trouver des financements indépendants d’une recherche anémiée. Les procès mettant en cause les lobbies seront beaucoup plus difficiles à engager. Le décret rendra encore plus onéreuse la tâche des associations locales constituées contre les projets d’infrastructures, alors que la CNDP (3) censée leur donner la parole, vient de montrer lors du débat sur la RCEA qu’elle ne tenait aucun compte de leur avis, même ultra majoritaire : ce sont les seuls amis politiques du pouvoir qui décident en coulisses.


Après avoir étranglé financièrement les associations d’aide au plus démunis ( Samu social, Restos du cœur..),  les associations culturelles, le gouvernement s’attaque au dernier contre-pouvoir des citoyens contre l’oligarchie, cherchant à brider la liberté d’expression associative d’éventuels contradicteurs. Le gouvernement préfère les intérêts privés à l’intérêt général.


Mais ne se courbent que les échines souples. C’est aussi aux citoyens à se mobiliser pour la démocratie participative, pour leurs associations défendant l’intérêt général. En mettant ces sujets au cœur des prochaines élections. En légitimant leur représentation démocratique par leurs adhésions. C’est enfin aux associations environnementales de se réformer, de s’organiser pour résister dans l’action. Le Grenelle étant actuellement un miroir aux alouettes.« 


Thierry Grosjean, président de la CAPEN 71


(1) Arrêté du 12 juillet 2011, JO n°0161 du 13 juillet modifiant l’article R 141-21 du Code de l’Environnement, concernant les associations et fondations nationales. La CAPEN 71, qui a été agréée au plan départemental le 10 juin 2011, n’est pas directement concernée.  Elle est solidaire des associations menacées,


(2) Parmi ces associations, PRIARTEM, CRIIGEN, INF’OGM,  Réseau Santé Environnement ….voir notamment le livre de Marie-Monique ROBIN « Notre poison quotidien » – Ed La Découverte.


(3) Commission Nationale de Débat Public, créée en 1995, autorité administrative « indépendante » depuis 2002. Sa crédibilité, sérieusement compromise depuis sa position sur la RCEA, entame celle de l’ensemble des enquêtes publiques.







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