« Protectionnisme européen: les slogans démagogiques ne protègent personne ! »
Tribune libre d'Arnaud DANJEAN, député Européen, conseiller Régional de Bourgogne
« Le 5 octobre, lors du dernier débat télévisé de la primaire socialiste, le journaliste -de gauche- Laurent Joffrin faisait justement remarquer à M. Montebourg que personne ne voulait de son « protectionnisme » en Europe, et qu’il aurait donc bien du mal à l’imposer s’il devait un jour exercer les responsabilités suprêmes. A ce simple constat de la réalité, M. Montebourg a objecté qu’il s’agissait d’un mensonge.
Pratiquant les institutions européennes au quotidien, siègeant au sein d’un Parlement élu au suffrage universel, débattant chaque jour avec 738 collègues de 7 groupes politiques et 27 pays européens, je ne peux que confirmer que le protectionnisme européen vanté par M. Montebourg (et dont on ne sait d’ailleurs pas très bien en quoi il consiste à part un slogan racoleur) ne rencontre aucun écho positif, à part auprès de la famille Le Pen (père et fille siègent à Strasbourg) et de M. Mélenchon. Il ne s’agit donc ni d’un jugement de valeur ni d’une prise de position idéologique de ma part de rappeler cette situation. Il s’agit simplement de constater que le concept fumeux promu par M. Montebourg est politiquement ultra-minoritaire en Europe. Et donc inapplicable, puisqu’il faudrait bien un vote démocratique du Parlement et du Conseil européens pour le mettre en oeuvre. C’est là une réalité démocratique européenne. Avec laquelle M. Montebourg et ses disciples mêmes les plus zélés et les plus scientifiquement diplômés (comme cela semble être le cas de M. Petit, qui dit préparer un ouvrage sur le Parlement Européen et qui devrait donc parfaitement connaître cette réalité) devraient composer si un jour leur champion accédait au pouvoir.
Deuxièmement, les disciples du grand gourou démondialisateur -tel maître tel suiveurs-, préfèrent caricaturer les positions de leurs adversaires plutôt que d’expliquer précisément ce que serait ce protectionnisme européen: une TVA sociale pour contrer les délocalisations ? Montebourg n’en veut pas et reproche à Valls -qui n’est pas un « ultra-libéral » – d’y réfléchir. Des taxes à l’importation ? mais contre quels produits et quels pays, et surtout avec quelles conséquences pour nos propres exportations (dont les vins de Saône-et-Loire, la viande charolaise, les poulets de Bresse…) qui se verraient inévitablement taxées en retorsion sur tous les marchés émergents ? des quotas pour certains produits importés ? Pourquoi pas, mais lesquels. Et pour toutes ces pistes, avec quelle majorité européenne pour les approuver et les appliquer ?
Enfin, si on rappelle cette réalité et si on s’interroge sur les slogans aussi généreux que creux de M. Montebourg, on se voit traité « d’ultra-libéral ». A la bonne heure ! Faut-il rappeler que, pour prendre l’exemple de M. Petit, ce n’est pas en instaurant un protectionnisme européen que l’on mettra fin à la concurrence entre travailleurs polonais et français dans les transports routiers ! France et Pologne font toutes deux partie de l’Europe. Et tous les transporteurs français vous diront aujourd’hui que leur problème tient d’abord à une nécessaire harmonisation de coût du travail (donc une convergence fiscale, que M. Montebourg rejette d’ailleurs lorsque le gouvernement l’évoque avec l’Allemagne) en Europe, ainsi qu’à la difficulté à trouver de la main d’oeuvre en France. Cela est un vrai défi pour l’Europe, mais ce n’est aucunement lié à un quelconque « protectionnisme européen », puisque nous parlons de pays faisant partie de cette Europe ! Faut-il aussi rappeler que les déséquilibres commerciaux avec certains pays émergents (Chine et Brésil particulièrement) ne peuvent être combattus que par l’exigence de la réciprocité : il est en effet intolérable que certaines entreprises chinoises puissent gagner des marchés en Europe sans être soumises aux mêmes règles que les entreprises européennes ou sans que nos entreprises puissent accéder de la même façon au marché chinois. Voilà où est le vrai problème. Et la réponse, la réciprocité, est en marche. Nous n’avons pas attendu les grandes envolées de M. Montebourg pour nous en préoccuper ! On objectera que la réponse semble bien lente face à l’urgence des défis. C’est vrai ! Mais reconnaissez que M. Montebourg peine déjà à convaincre 5 autres candidats de sa propre famille politique en France. On peut donc comprendre aisément qu’il n’est pas évident de convaincre 26 autres pays lorsqu’on souhaite adapter la politique commerciale de l’union Européenne.
Or, c’est la France -avec le Président de la Republique en première ligne, mais aussi avec les députés européens de la majorité présidentielle au Parlement Européen et le Commissaire Européen Michel Barnier -qui n’est pas je crois issu de la mouvance Montebourg- qui a fait reconnaître aux institutions européennes -pas celles de demain, celles d’aujourd’hui- qu’il faut désormais exiger cette réciprocité dans toutes les négociations commerciales avec les pays émergents. C’est aussi la majorité « de droite » qui demande l’instauration dans certains domaines – comme la défense- d’une « préférence européenne » à l’achat de certains produits. C’est aussi une majorité parlementaire « de droite » et de gouvernements européens « de droite » qui tentent actuellement de contraindre Chinois, Brésiliens et Américains d’accepter une régulation plus forte sur les transactions financières et d’endiguer les phénomènes spéculatifs sur les matières premières. C’est enfin une majorité parlementaire et de gouvernements européens « de droite », sous impulsion française, qui tentent de sauver la Politique Agricole Commune, meilleure arme européenne pour permettre à nos agriculteurs et notre industrie agro-alimentaire de survivre, contre justement la logique libérale qui a trop prévalu ces dernières décennies.
Oui, il faut être exigeant avec l’Europe. Mais il faut surtout être convaincant avec nos partenaires européens si nous voulons, collectivement, mieux protéger nos industries, nos modèles sociaux et mieux valoriser nos atouts. Les slogans ne protègent contre rien, à part peut-être contre la nécessité de regarder le monde tel qu’il est. Bon réveil après les primaires, messieurs les grands imprécateurs !«
Arnaud DANJEAN
Député Européen
Conseiller Régional de Bourgogne


Un commentaire sur “« Protectionnisme européen: les slogans démagogiques ne protègent personne ! »”
La France libre en 40 était un concept fumeux ultra-minoritaire.
US go home en 58 était aussi un concept fumeux ultra minoritaire , et pourtant !
Ch de Gaulle avait raison car il nous a fait croire à la grandeur de la France!Et la France a grandi jusqu’à l’avénement de l’ultra libéralisme. Nous avons fait la caravelle, le Concorde, le France, le TGV, l’EPR…..Mais le protectionnnisme des pays capitalistes a mis un frein à notre élan. Peu à peu tout ce qui faisait cette grandeur a été rongé, laminé parce qu’aucun gouvernement après lui n’a eu le courage de résister à l’appel des sirènes de l’ultra libéralisme. Ils se sont enlisés dans le monde de la finance avec toutes les conséquences désastreuses vécues aujourd’hui.
Pourquoi les compagnies aériennes françaises ont-elles acheté des boeing 707-737-747 etc au lieu d’airbus? à quoi sert-il de fabriquer des voitures à 5000€ dans les pays émergents si demain la masse des français n’a plus de salaire pour se l’offrir? Qu’est-il advenu de notre métallurgie, de notre textile, notre chimie, de nos grands services publics? Ah! il est temps de prôner la préférence Européenne, la réciprocité, Il est temps de vouloir protéger nos industries, il est trop tard et vous le savez.
Bientôt et c’est du peu au jus, il ne restera rien de l’automobile, rien de l’aéronautique, rien du nucléaire. Les grandes entreprises françaises qui employaient 50000 personnes en 1960 en emploient moins de 10000 aujourd’hui. Vous en êtes encore à défendre un système qui a fait les preuves de ses dangers pour l’humain. Comme De Gaulle l’a été, soyez visionnaire, libre, faites nous rêver à un monde meilleur. Ne vous laissez pas enfermer comme vos 738 collègues dans une servilité indigne au Dieu Pognon. Les idées de monsieur Montebourg vous semblent utopiques. Pour ma part, même si elles ne sont pas parfaites, ce sont les seules qui me donnent à espérer pour le peu qui me reste à vivre . Le monde tel qu’il est c’est celui que vous avez fait, c’est celui que nous avons fait, et ce monde est malade, alors de grâce, guérissons le vite pour le rendre sain à nos enfants.