« La République saborde son Ecole Publique ! STOP ! »
Dit Nicole Eschmann, vice-présidente chargée des lycées au Conseil régional de Bourgogne
« Depuis 2002, nombreuses sont les voix à s’élever contre les attaques de l’Etat envers son Ecole publique, laïque et gratuite. Aujourd’hui, des parents d’élèves aux porteurs de palmes académiques, tout un chacun a pris conscience qu’on n’a pas seulement « dégraissé le mammouth », mais qu’on s’attaque à l’os pour une mort programmée de l’Ecole de Jules Ferry.
Depuis 2007, nous avons subi de nombreuses régressions : suppression de la carte scolaire, des Instituts Universitaires de Formation des Maîtres (IUFM) et des maternelles ; obligation pour les communes de financer les écoles privées, et pour les collectivités de rémunérer forfaitairement les personnels non-enseignants des lycées et collèges d’enseignement privés sous contrat ; plan banlieue favorisant la création de nouvelles écoles privées catholiques; non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite induisant la suppression de 100 000 postes d’ici 2013 (enseignants, infirmières, administratifs, conseillers d’éducation, remplaçants, Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté…) ; suppression de classes, d’écoles, parfois de collèges ; mise en concurrence des universités. Sans parler de l’augmentation des effectifs par classes, la diminution des dotations de l’Etat, et la part croissante de la marchandisation scolaire.
Quand le candidat socialiste à l’élection présidentielle propose sur la prochaine mandature la création de 60 000 postes d’enseignants, c’est le début de la riposte, car une société qui n’investit plus dans l’éducation critique de sa jeunesse, et dans la formation des maîtres, ne prépare plus son avenir. Quand le parti de gouvernement s’acharne en meute contre le financement de cette mesure, il ne fait que montrer sa rapacité (combien ? rien par rapport aux 100 milliards d’exonération d’impôts par an au bénéfice de la classe dominante !), sa nullité comptable (le remplacement des 16000 postes supprimés par an, par des heures supplémentaires défiscalisées et par des vacataires recrutés à Pôle-emploi, n’a pas généré de réelles économies), et le passage sous silence de la place de dernier de la classe de l’Education Nationale Française, (notre pays possède le plus faible nombre de professeurs par élève parmi les 34 membres de l’OCDE (Europe, Amérique du nord, Japon, Australie, Nouvelle-Zélande, Corée…).
Sous une prétendue économie de moyens, se dévoile une volonté de reconfigurer l’appareil éducatif selon les intérêts politiques et financiers du Marché, dans une attaque frontale et idéologique contre l’Ecole Républicaine, qui a encore le souci sincère de transmettre un certain nombre de savoirs, de vertus et d’attitudes non-marchandes. L’enseignement non tronqué (latin-grec, philosophie, littérature, histoire-géographie, économie…) forme plus de citoyens à l’esprit critique, que de consommateurs sans curiosité intellectuelle. Alors, sous le mensonge d’une nécessaire adaptation au monde moderne, le gouvernement réforme depuis 2008 toutes ces matières sans concertation et au pas de charge (CAP et BEP, Bac Pro, secondes, premières, terminales, premières technologiques, BTS…).
Nous ne pouvons accepter une Education Nationale qui tolère trois niveaux d’employabilité: un niveau d’excellence, destiné à former au plus haut niveau les élites scientifiques, techniciennes et managériales, de plus en plus nécessaires dans un contexte de guerre économique impitoyable ; un niveau de compétences techniques moyennes, se résumant à un savoir utilitaire, qui ne fait pas appel à l’autonomie et à la créativité de ceux qui l’utilisent, et qui présente l’énorme « avantage » de pouvoir, dans certains cas, être appris seul, avec un ordinateur ou un enseignement multimédia à distance ; un niveau destiné à des emplois précaires et flexibles: pour eux, aucune transmission coûteuse de savoirs réels, et à fortiori critiques, mais un minimum de scolarisation permettant de contenir cette jeunesse frustrée.
Cette destruction de notre Ecole publique, laïque et gratuite est inacceptable. L’élève d’aujourd’hui, c’est l’adulte de demain. Investir dans de bonnes conditions d’apprentissage, de recherche et d’innovation, c’est investir pour l’avenir et la cohérence de notre société. En vue de 2012, une politique éducative ambitieuse est au coeur de toute la gauche, car aux réponses à apporter sur le monde que nous allons laisser à nos enfants, elle clarifiera aussi: « A quels enfants allons-nous laisser le monde ? »
Nicole Eschmann
Vice-présidente chargée des lycées au Conseil régional de Bourgogne


