« La crise » (2)
Vue par Bruno Silla (PCF - Front de Gauche)
« Début janvier, dans notre contribution à l’analyse de la crise actuelle, on disait que le mot « crise » était devenu un lieu commun dont on n’arrivait pas toujours à savoir de quoi il s’agissait. Nous avons évoqué le discours de Nicolas Sarkosy du 1er décembre 2011 à Toulon et la lettre aux Français de François Hollande du 3 janvier 2012.
Pour faire bref, on peut dire que pour Sarkosy, la crise actuelle est bien liée au fonctionnement du système capitaliste, mais qu’il suffit d’une part de le moraliser, de le réguler,..et d’autre part de faire des réformes structurelles pour s’adapter au capitalisme mondialisé. Et il énumère les recettes pour aborder le nouveau cycle économique qui s’ouvre et ainsi surmonter « la crise ».
Pour Hollande, la crise actuelle est une crise commencée en 2008 et surtout elle est aggravée par la politique de Sarkosy. Mais il ne remet pas en cause la mondialisation, mais la mondialisation débridée; il ne remet pas en cause le libéralisme, mais le libéralisme effréné, ect. Donc pour lui il faut corriger ces dérives, promouvoir une nouvelle politique économique et sociale, mais sans mettre en discussion la nature propre du système capitaliste.
On peut constater que Sarkosy et Hollande, sur le fond, font la même analyse de la crise actuelle, même s’ils s’opposent sur les politiques à mettre en œuvre pour « sortir » de la crise. Tous les deux n’imaginent même pas la nécessité de mettre en cause le système capitaliste, dans sa nature propre, pour vraiment « sortir » de la crise.
La crise selon Marine Le Pen
Discours du 19 novembre 2011 à Paris
Marine Le Pen, dans son discours prononcé à l’occasion de la présentation de son Projet Présidentiel, qui a duré 1 h 05’ (durée du discours de Sarkosy 1 h) considère la crise comme le fruit de choix politiques absurdes, d’une idéologie en faillite. La crise actuelle, qui est interminable, est pour elle la conséquence de l’effroyable machine financière qui s’emballe depuis 2008. Pour Marine Le Pen ce qui est en question est la mondialisation débridée. Pour elle il faut refermer la parenthèse d’une concurrence internationale déloyale qui écrase tout, il faut s’opposer à l’ordre marchand qui fait sa loi et à la technostructure européenne inféodée aux marchés financiers. Selon elle les gouvernements ont laissé s’installer l’injustice et le chaos, s’effondrer les fondamentaux économiques, culturels, politiques, diplomatiques de la Nation. Elle entend mettre en oeuvre un plan de vigueur et s’opposer à leur plan de rigueur.
En conclusion on peut remarquer que Marine Le Pen, qui utilise une seul fois le mot « crise », dans son discours elle en énumère les différents aspects et les causes: mondialisation débridée, choix politiques absurdes, concurrence internationale déloyale, marchés financiers. Pour Marine Le Pen l’ordre marchand et les marchés financiers ne doivent pas faire la loi, mais elle ne les mets pas en cause dans leur existence. Elle ne parle pas de système capitaliste, pour elle le système actuel, en tant que tel, n’est pas la cause de la crise et il n’est pas en cause. Elle aussi n’imagine pas la nécessité de mettre en cause le système économique et social basé sur le capitalisme pour sortir de la crise.
La crise selon François Bayrou
Discours du 19 janvier à Dunkerque
François Bayrou, dans son premier grand discours, affirme que nous vivons un temps de crise. Il évoque un effondrement du moral qui mérite un ressaisissement de la volonté nationale. Selon lui la situation actuelle est marquée par quatre fléaux: le chômage, l’effondrement du pouvoir d’achat, la multiplication des déficits et l’accumulation de la dette. Les responsables sont la majorité qui est au pouvoir et l’opposition qui hurle à l’Assemblée et manifeste dans la rue pour demander que l’on dépense plus. Pour Bayrou ce n’est pas la faute ni du système bancaire international, ni des multinationales, ni de la globalisation, ni de la mondialisation, ni de l’Europe, ni des marchés financiers. Pour lui il n’y a aucune cause extérieure. Pour faire face aux fléaux qui touchent les petits, les obscurs, les sans grade, Bayrou propose une orientation nouvelle fondée sur l’esprit de résistance devant toutes les fatalités et l’esprit de reconstruction. Pour lui il faut changer de modèle de société, de modèle d’avenir et il faut changer d’abord le modèle économique. Car on nous a fait abandonner le modèle de production et dériver vers le modèle financier.
Conclusion. Bayrou évoque une seule fois le mot « crise » à la fin de son long discours. Le temps de crise que nous vivons est pour lui le résultat d’un modèle économique financier qui a abandonné le modèle de la production. Bayrou, d’une part, ne met pas en cause le système bancaire international et, d’autre part, il dénonce les dérives vers le modèle financier dans la gestion de l’économie. Il s’agit d’une contradiction? En affirmant qu’il n’y a aucune cause extérieure, il considère que les fléaux sont la conséquence uniquement de la mauvaise politique mises en oeuvre par la majorité actuelle. Donc, pour lui, le système économique mondial, en tant que tel, n’est pas en cause et le capitalisme n’est pas évoqué.
A suivre... »
Bruno Silla


Un commentaire sur “« La crise » (2)”
Bonjour M. Scilla.
Si, début janvier, vous n’arriviez pas à savoir ce que le mot crise décrivait, il aurait suffit de demander à vos concitoyens.
La section CGT de Aréva pense en avoir ciblé les origines : « »la crise mondiale est causée par la spéculation et ce capitalisme outrancier est devenu fou » » Mme Le Pen, Mrs Sarkozy et Hollande disent ils quelque chose de différent ?
Tout n’est pas en crise.
Souvenez vous, avec notre grande mansuétude, nous allions aider les pays pauvres à produire chez eux. Hé bien, c’est en cours de réalisation, non ?
Le capitalisme n’est pas en crise car il se nourrit des richesses produites. Ce sont nos modèles économiques qui sont très malades.
Nul doute que tout un chacun a des solutions.
L’Histoire ne dit elle pas ce qu’il faut penser de ces promesses ? Le communisme a été tenté, et les peuples ont tranché, après avoir payé un lourd tribu. Le libéralisme sous domination capitaliste est en cours, avec ses cohortes de guerres et d’exploitations sauvages…..La gestion collectiviste des entreprises a donné quoi ?
Un indicateur troublant: les plus grands pays communistes….. sont passés au capitalisme débridé non ?
Et si le problème était ailleurs ? Je radote, mais notre niveau de vie ne peut être maintenu que si nous pouvons continuer de l’accélération du pillage des ressources. Existe t’il un G.V. qui remette en cause la croissance ? Hors, dès 2004 :
http://survie.org/bpem/dossiers-thematiques/biens-publics-mondiaux-thematique/revue-de-presse-322/article/la-planete-en-etat-de
Alors nous pouvons croire en des miracles, peut être même peut il y avoir une embellie, mais l’évolution future semble déjà sur rails :
http://jafreyvil.over-blog.com/article-35872317.html
Je ne serais pas surpris que ce soit ces investissements qui conditionnent les capacités d’un pays à sortir de la crise…..
Amitiés