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mardi 30 novembre 2021 à 06:40

Hommage à Monsieur Paul Thomas de Josiane Corneloup, députée de Saône-et-Loire

"Lorsque la France oublie ceux qui l’ont libérée"





 

Monsieur Thomas est décédé le 18 novembre dernier à l’âge de 95 ans, sans aucune reconnaissance de la Nation malgré l’intervention de la députée.

 

Communiqué :

“Le 20 novembre, M. Guitard, l’un de ses fidèles amis, m’apprenait le décès, à l’âge de 95 ans, de Paul Thomas. Sa disparition m’affecte d’autant plus qu’elle laisse en moi un sentiment d‘échec, mêlé d’amertume et de colère, car en dépit de multiples démarches entreprises il y a plus de trois ans auprès des pouvoirs publics, je ne suis pas parvenue à ce que la Nation témoigne sa reconnaissance à un homme dont les mérites éminents acquis au service de la nation, tant à titre civil que sous les armes, eussent mérité mille fois qu’on lui remît la légion d’honneur.

Paul Thomas n’a que 14 ans lorsqu’il rejoint l’entreprise familiale de maçonnerie fondée en 1904. Il est enrôlé 3 ans plus tard, le 15 juin 1943, dans la Résistance. Agent de liaison FFI à Digoin, Paul Thomas participe activement aux combats de la Libération, dans les maquis d’Artaix et de Saint-Julien-de-Civry. Porteur d’armes destinées aux maquis, Il est blessé lors du passage de la ligne de démarcation par l’éclat d’une grenade lancée par un guetteur allemand qu’il abat. En janvier 1944, M. Thomas est arrêté avec son père et son oncle, responsables d’un réseau de résistance. Ils sont emmenés à Chalon-sur-Saône pour être « interrogés ». Paul est libéré une semaine plus tard, contrairement à son père et son oncle, déportés à Mauthausen.

Au décès de son papa, Paul reprend l’entreprise et en diversifie les activités. Celle-ci se développe vite et compte jusqu’à une cinquantaine d’ouvriers qualifiés. Il reste à sa tête jusqu’au 1er janvier 1987, date à laquelle il cède la direction à ses fils. Fidèle à ses valeurs d’engagement et son sens du devoir, il devient sapeur-pompier volontaire à Digoin où il reste actif pendant près de 40 ans. Il porte notamment secours aux personnes enfouies sous les gravats après les terribles bombardements du 20 juin 1943 contre les usines du Creusot, réquisitionnées par le régime nazi.
Malgré cette vie exemplaire au service de son pays et de l’intérêt général, Paul Thomas, titulaire de la croix du combattant volontaire, n’apparaîtra jamais sur les listes des promotions annuelles dans la Légion d’honneur. Son dossier est pourtant jugé parfait mais Monsieur Thomas est affligé d’un vice rédhibitoire : c’est un homme ; et aux termes de la loi dite sur la parité, sa candidature ne peut être retenue si n’est pas présentée conjointement celle d’une femme.

Je demande alors à Monsieur le Préfet Jérôme Gutton, dans un courrier du 23 septembre 2019, d’étudier la possibilité de déroger à cette règle absurde eu égard aux 93 ans de Monsieur Thomas. Sans succès. Monsieur Julien Charles, l’actuel Préfet, dont j’ai dernièrement sollicité le soutien, convenait que le parcours exceptionnel de Paul Thomas méritait effectivement d’être reconnu à sa juste valeur.

Pourtant, le nom de Paul Thomas ne figurait pas dans le décret du 8 novembre 2021 portant nomination dans l’Ordre national de la légion d’honneur en faveur des anciens combattants de 1939-1945.

« Le bien a pour tombeau l’ingratitude humaine » écrivait Musset dans « La coupe et les lèvres ». D’aucuns penseront peut-être qu’auprès des maux et des injustices que subissent nombre d’hommes et femmes à travers le monde, cet épisode est bien anecdotique. Au contraire, je le tiens pour révélateur d’un temps où l’échelle des valeurs semble inversée, et sur laquelle fut rejeté tout en bas le parcours exemplaire d’un homme qui aura risqué sa vie pour libérer son pays, développé avec succès une entreprise créatrice de richesses et d’emplois, et assuré le secours des personnes et des biens pendant 40 ans en tant que sapeur-pompier volontaire.

Paul Thomas a été inhumé le 23 novembre en l’église Notre-Dame à Digoin. Que sa compagne, ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants, tous ses amis, sachent que j’étais avec eux par la pensée ce jour-là. Puisse mon modeste hommage en l’honneur de la mémoire d’un honnête homme panser un petit peu la flétrissure que lui a infligée l’ingratitude de son pays pour lequel il aura tant donné.”

 



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