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samedi 10 décembre 2022 à 14:52

Montceau-les-Mines : Energies Citoyennes

Un « hôpital neuf » à Montceau : nouvelle posture de Mme Jarrot ?



Communiqué :

« Les élus du groupe Energies citoyennes ont été les premiers à réagir après la publication par le Journal de Saône-et-Loire, cet été, du rapport de l’IGAS*. Ce rapport contient, en effet, des préconisations inquiétantes tant pour le centre hospitalier Jean Bouveri que pour la maternité du Creusot.

Nous étant procuré ce rapport et l’ayant étudié avec attention, nous avions alors saisi les maires de Montceau et du Creusot ainsi que les députés des deux circonscriptions concernées pour demander qu’un débat public et une concertation aient lieu avec l’ensemble des élus de notre territoire avant que ces préconisations ne soient mises en œuvre. L’éphémère directeur par intérim de l’ARS* dira d’ailleurs en octobre dernier que « c’est au territoire de s’emparer du sujet » de l’hôpital.

Mais de concertation et même de débat public, il n’y aura pas. Les deux parlementaires n’ont pas daigné répondre à notre demande de rendez-vous. Les maires de Montceau et du Creusot nous ont fait sensiblement la même réponse : ne vous inquiétez pas, laissez-nous faire, on s’occupe de tout… Quant aux maires des communes du bassin minier, il semblerait qu’ils n’aient pas non plus été consultés sur le sujet…

Et puis, fin octobre, nous apprenons (encore par la presse) que Mme Jarrot se rend à Paris avec M. Margueritte afin de solliciter au ministère de la Santé la labellisation « hôpital de proximité » pour Jean Bouveri et – surprise ! – la construction d’un hôpital neuf à l’horizon 2028 ! Un projet estimé à 60 ou 70 millions d’euros sans que l’on sache précisément ce qu’il y aura dedans.

Certes, le conseil de surveillance (présidé par Mme Jarrot) et le groupement hospitalier de territoire** ont donné leur accord à cette labellisation mais est-ce vraiment ainsi que l’on « joue collectif » comme le préconisait la maire de Montceau lors d’un conseil municipal ?

Sur le fond, nous ne sommes pas hostiles à l’hôpital de proximité. En 2020, pendant la campagne des municipales, nous étions les seuls à défendre cette solution. Mais pas à n’importe quelles conditions. Voici très exactement ce que nous écrivions alors, après avoir beaucoup travaillé et beaucoup consulté sur ce dossier :

« S’agissant de notre hôpital, beaucoup de promesses ont été faites et n’ont pas été tenues. Aujourd’hui, nous devons nous battre avec la plus grande énergie pour que le centre hospitalier Jean Bouveri obtienne le label Hôpital de proximité avec toutes les prérogatives attachées à ce label. Ce label permettrait d’obtenir un modèle de financement qui tienne vraiment compte des missions et contraintes particulières qui sont les siennes. Ensuite, il faudrait maintenir le maximum d’activités de médecine : urgences, cardiologie, pneumologie, oncologie, soins palliatifs, soins de suite, activités pré et post-natales… »

Nous avons été critiqués à l’époque, y compris par Mme Jarrot, pour cette prise de position. Aujourd’hui, presque trois plus tard, en responsabilité, nous ne renions pas ce que nous avions dit et écrit. Dans le contexte national actuel, l’hôpital de proximité est la seule solution pour sortir (en partie) de la tarification à l’acte (T2A***) qui plombe les finances de Jean Bouveri et ne cesse de creuser son « déficit ». Mais que de temps perdu depuis 2020 !

Durant le premier mandat de Mme Jarrot, notre hôpital a beaucoup souffert et a continué de perdre des activités et des moyens. Le rôle des élus locaux, et tout particulièrement d’un président ou d’une présidente de conseil de surveillance, c’est de soutenir le projet médical élaboré par les professionnels. Ce que Mme Jarrot n’a pas fait ou pas avec suffisamment de vigueur auprès du GHT et de l’ARS (qui considèrent de fait l’hôpital de Montceau comme une « variable d’ajustement » quand les budgets se réduisent). Cette absence de réel soutien est pour beaucoup dans la démotivation de certains professionnels de santé, pourtant attachés à leur hôpital.

Quoiqu’il en soit, ce qui importe aujourd’hui, c’est de construire un projet médical solide dans le cadre du label. Demander le retour de la maternité (fermée en 2009) et de la chirurgie à Montceau (perdue en 2018),  ce n’est malheureusement plus à l’ordre du jour. Mais tout doit être fait pour maintenir, renforcer et développer ce qui existe, notamment :

  • Maintenir les urgences 24 heures sur 24
  • Conserver toutes les spécialités médicales en place : cardiologie, pneumologie, gastro-entérologie, oncologie, soins palliatifs, addictologie, gériatrie…
  • Travailler à développer des filières de soins dans le cadre du GHT pour d’autres spécialités : neurologie, dermatologie, endocrinologie, rhumatologie…
  • Créer un service de soins renforcés pour la prise en charge des cas graves mais ne relevant pas de la réanimation ou en attente de transfert vers un autre hôpital
  • Maintenir un bloc chirurgical pour les actes de chirurgie sous anesthésie locale
  • Garder la possibilité de réaliser des anesthésies au bloc, 1 ou 2 jours par semaine, pour la réalisation de petits actes chirurgicaux (endoscopies digestives, chocs électriques, … par exemple)

Nous sommes bien conscients que la situation de notre hôpital est le résultat de plusieurs années de libéralisation de l’hôpital public, comme d’autres services publics d’ailleurs, menée par des gouvernements de droite mais aussi malheureusement de gauche.

C’est aussi, à une échelle plus locale, la conséquence de l’isolement dans lequel Mme Jarrot a placé notre ville depuis 2014 et de son investissement dans ce dossier compliqué qui a surtout consisté à faire des effets d’annonce, rarement suivis d’effet.

Nous espérons aujourd’hui de tout cœur que l’annonce d’un « hôpital neuf » pour 2028 n’est pas une nouvelle posture, un écran de fumée pour cacher un nouveau démantèlement de l’offre de soins dans notre ville et dans tout le bassin minier.

Car parler d’un hôpital neuf, annoncer son coût (60 ou 70 M€) et même sa localisation, sans projet médico-chirurgical cohérent et concerté à l’échelle du GHT, c’est, au mieux, mettre la charrue avant les bœufs ; au pire, créer du brouillard pour dissimuler les arbitrages douloureux de l’ARS et du ministère de la Santé.

L’urgence, répétons-le, c’est de construire un projet médical solide, pour un hôpital de proximité, articulé avec la médecine de ville, qui permette un premier niveau d’accès aux soins le plus complet possible aux 50 000 habitants du bassin minier. Ce projet élaboré par les professionnels de santé devra être porté par l’ensemble des élus de notre territoire et par les citoyens qu’ils représentent.

Le centre hospitalier Jean Bouveri, c’est notre bien commun ! Son avenir ne peut pas se décider dans des cercles restreints et dans le secret des cabinets ministériels. »

 

Eric Commeau, conseiller municipal de Montceau et conseiller communautaire à la CUCM

Hélène Touillon et Nicolas Bonnand, conseillers municipaux de Montceau

 

*IGAS : Inspection générale des Affaires sociales / ARS : Agence régionale de santé

**Le GHT Saône-Et-Loire Bresse Morvan regroupe les établissements suivants : centres hospitaliers de Chalon/Saône, d’Autun, de Montceau, La Guiche, Chagny, Sevrey, Bresse louhannaise, Toulon/Arroux mais pas l’Hôtel dieu du Creusot qui est un établissement privé (fondation)

***T2A : logique qui veut que les établissements soient financés par l’Etat selon les actes qu’ils font. Financièrement, certains actes sont plus « intéressants » que d’autres et, par conséquent, cela ouvre la voie à des stratégies de concurrence entre établissements.

 

 

 

 



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