Y a-t-il un « plan Trump » pour dominer le monde ?
Mythe ou réalité, ou les deux ?
Décisions brutales, retrait d’organisations internationales, menaces commerciales, coups de force diplomatiques : depuis son retour au pouvoir, Donald Trump donne le sentiment d’un monde sans règles.
Certains parlent d’un « plan secret » pour dominer la planète. Mythe ou réalité ?
Dans un premier volet, nous allons aborder ce que Trump veut réellement faire, comment fonctionne sa stratégie, et quels risques elle fait peser sur l’équilibre mondial. Les habitants du bassin minier aiment les choses claires, certaines et fondées sur des sources sûres. Ce qui trouble l’opinion, ce n’est pas le secret, mais la rupture avec l’ordre international construit depuis 1945.
Dans un second volet, nous traiterons de la France, de l’Europe et de l’enjeu politique des prochaines élections.
Depuis plusieurs semaines, les informations en continu bruissent d’un plan secret US pour dominer le monde ? Y a-t-il réellement un plan secret ? Non. Une stratégie assumée ? Oui.
Il n’existe pas de document caché ou de complot mondial. En revanche, il existe bel et bien une ligne politique claire, revendiquée et appliquée avec constance, dont la règle de base est : « Les États-Unis doivent agir seuls, vite et fort, sans se laisser contraindre par des règles internationales jugées défavorables. ». Il s’agit d’une doctrine en grande partie… écrite noir sur blanc, notamment dans la National Security Strategy (NSS) 2025 publiée par la Maison-Blanche.
Nous trouvons là le cœur de la doctrine Trump qui est le retour du rapport de force. La vision de Trump repose sur quelques idées simples qu’il a souvent énoncées : le multilatéralisme affaiblit les États-Unis, le droit international protège surtout les autres, les alliances doivent être rentables (business is business), le monde est une compétition, pas une communauté. Dans cette logique, Trump remet au goût du jour une vieille idée : les sphères d’influence où chaque grande puissance contrôle sa zone, défend ses intérêts, et impose ses règles. C’est-à-dire un jeu à 3, USA, Chine, Russie.
Dans ce cadre-là, la doctrine Monroe est revisitée, remise au goût du jour, actualisée. Pour Washington, cela signifie reprendre la main sur le continent américain, empêcher toute implantation stratégique chinoise ou russe, accepter l’idée d’interventions régionales musclées. Il ne s’agit pas de conquérir la planète, mais de redevenir la puissance centrale, capable de dicter les termes du jeu.
C’est bien de décider, de vouloir, il faut agir et mettre en œuvre les outils nécessaires ! Comment Trump agit-il concrètement ? Sa méthode est reconnaissable, il pratique des pressions économiques (droits de douane, sanctions), il engage des négociations bilatérales agressives, il ne cesse de publier des annonces spectaculaires, suivies de rapports de force, et en dernier il pratique des retraits d’organisations internationales jugées contraignantes.
Alors, bien évidemment, son style crée une impression de chaos, mais tout cela répond à une logique simple, voire efficace, qui est de déséquilibrer pour forcer la négociation.
Mais Trump a-t-il les moyens d’aller jusqu’au bout ? La réponse est oui, partiellement car le pouvoir exécutif américain est très fort et la domination financière et économique reste réelle. Mais des freins existent aussi aux USA : le Congrès, la justice, l’opinion publique, le coût économique et politique des crises. Trump peut aller loin, mais pas sans résistance, y compris à l’intérieur des États-Unis.
Un exemple récent l’illustre clairement. Le 8 janvier 2026, le Sénat des États-Unis a adopté, par 52 voix contre 47, une résolution fondée sur la War Powers Resolution, visant à empêcher le président de lancer de nouvelles actions militaires contre le Venezuela sans l’accord préalable du Congrès. Cinq sénateurs républicains ont voté avec les démocrates, un fait rare sur les questions de guerre.
Cette résolution n’a pas de portée juridique immédiate : elle doit encore être adoptée par la Chambre des représentants et pourrait être bloquée par un veto présidentiel. Son importance est avant tout politique : elle marque une inquiétude croissante face à l’usage unilatéral de la force et rappelle que le pouvoir de guerre ne relève pas du seul exécutif.
Seulement cette logique n’est pas qu’une arme politique intérieure, cela change aussi des choses pour le monde. Le risque principal n’est pas une guerre mondiale immédiate, mais un affaiblissement durable des règles communes, une multiplication de crises locales, un monde plus brutal, plus instable, plus imprévisible.
Nous venons là de planter le décor et nous allons maintenant, dans un deuxième volet, aborder la question qui demeure : quelles conséquences concrètes pour la France et l’Europe ?
En conclusion, nous dirons que, non, Donald Trump ne dispose pas d’un plan secret pour dominer la planète.
Oui, il applique une stratégie plus dure, plus unilatérale et plus risquée que celles de ses prédécesseurs.
Oui, cette stratégie peut affecter directement les citoyens européens.
Rien n’est cependant écrit d’avance. L’avenir dépendra autant des décisions de Washington que de la capacité du reste du monde, de l’Europe en particulier, à réagir collectivement plutôt qu’à subir.
Gilles Desnoix
Sources : Reuters, Le Monde, Courrier international, Le Parisien, Public Sénat, Franceinfo, Le Grand Continent, Institut français des relations internationales (IFRI), Fondation pour la recherche stratégique (FRS)
En version traduite : Associated Press (AP), ABC News, Time Magazine, The Guardian, Congressional Research Service (États-Unis)



Un commentaire sur “Y a-t-il un « plan Trump » pour dominer le monde ?”
Monde sans règles dites-vous ? Ouvrons les yeux, juste un peu pour voir où nous a conduit un monde où les règles, normes et autres textes idiots pullulent… A un continent européen qui n’a plus aucune crédibilité dans un monde en mouvement. Un peu d’histoire aussi. Qu’ont fait la France, l’Angleterre, l’Espagne, les Pays Bas au temps de leur splendeur ? Eh pardi, agrandir leur Empire ! Que fait Trump ? Rien de plus, que veulent faire Poutine et Xi Jinping, rien de plus…
Notre effondrement européen les aide grandement.
Bonne année à tous, souhaitons la sans GUERRES.