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jeudi 14 août 2014 à 05:05

Médicaments en grande surface

Fin du monopole des pharmaciens ou attrape-nigauds, la question est posée



 

Fin du monopole des pharmaciens

ou attrape-nigauds :  la question est posée

 

Aux dernières nouvelles,  l’Inspection Générale des Finances (IGF) préconisait, dans un rapport sur les professions réglementées, la fin du monopole des pharmaciens sur certains médicaments.

 

En contrepartie, elle se prononçait en faveur de la libre installation des pharmaciens, aujourd’hui contrainte par une autorisation délivrée par l’Agence Régionale de Santé, ainsi que la fin du numerus clausus pour les étudiants en pharmacie. 

 

 

L’IGF recommande donc d’ouvrir à la concurrence la vente de médicaments délivrés sans ordonnance tels que Spasfon ou Doliprane, pour ne citer qu’eux. Concurrence ouverte également à la vente de médicaments non remboursables, que nous utilisons tous (Fervex, Humex, Nurofen etc).

 

 

Selon le Quotidien, qui a eu accès au rapport de l’IGF (rapport qui n’a pas été rendu public), ces deux types de médicaments (sans ordonnance et/ou non remboursables) représentent environ 9% du chiffre d’affaires des pharmacies en moyenne.

 

 

L’IGF révèle que « les prix des médicaments non remboursables ont augmenté deux fois plus vite que le coût de la vie depuis quinze ans (+3 % par an en moyenne entre 1998 et 2011) ». Une hausse expliquée ainsi : on cherche à compenser la baisse des prix des médicaments remboursables. La vente de certains médicaments en grandes surfaces entrainerait une baisse des prix pour le consommateur.

 

 

Afin de nous faire une idée sur la question, nous sommes allés recueillir l’avis de M. Begey, pharmacien situé rue Carnot à Montceau.

 

 

A ma question : que pensez-vous de ce projet de mettre des médicaments en vente dans les supermarchés ? Ce professionnel de la santé répond : « Eh bien, c’est très bien ! ». A son sourire en coin, je comprends que le propos est ironique !

 

 

En fait, M. Begey rappelle que nous avons la chance d’avoir un maillage territorial, avec un service de proximité et ce, gratuitement. Il faut préciser que la plupart des pharmacies livrent également les médicaments au domicile des personnes à mobilité réduite ou des personnes âgées. Ajoutant : « Si les médicaments sans ordonnance et ceux qui ne sont pas remboursés sont vendus dans les grandes surfaces, nous assisterons à un effondrement économique certain. Après avoir créé les déserts médicaux, on crée des déserts pharmaceutiques ».

 

 

Le pharmacien précise qu’une officine ferme ses portes tous les trois jours en France ! Presque toujours parce qu’elle est en faillite.

 

L’homme peste contre l’Etat « qui a augmenté la TVA de 10% au lieu de 2%, en plusieurs fois et sur quelques années, certes, mais tout de même ! »

 

 

J’apprends qu’en France, le prix des médicaments en libre accès sont les moins chers. Contrairement aux prix pratiqués en Allemagne et en Italie. M. Begey précise qu’en outre, les pharmaciens allemands bénéficient d’une libre installation de leur commerce et que les prix des médicaments sont beaucoup plus élevés.

 

 

M. Begey livre sa pensée : « En fait, le Ministère veut que le français consomme moins de médicaments! ». Souhaite-t-il la santé de nos concitoyens ou bien remplir les caisses avec une TVA galopante ? La question est posée clairement…

 

 

De fait, si le projet se concrétise, les pharmaciens n’auront à vendre que les médicaments remboursés par la Sécurité Sociale. Donc, aucune marge pour eux ou « peanuts » constate M. Begey. Conséquence annoncée : compte tenu des réductions de dépenses de la Sécurité Sociale, les pharmacies ne tiendront pas le choc longtemps. Et on sera loin d’une officine par quartier prophétise le professionnel.

 

 

D’autre part, ce dernier constate que toutes les grandes surfaces ne sont pas d’accord pour vendre des médicaments. Selon M. Begey, seul M. Leclerc l’est ! Expliquant que les prix bas de ces magasins sont un leurre pour les clients. En effet « Leclerc possède un logiciel qui lui permet de mettre par exemple dix produits en promo,  tandis que le prix de  cent autres produits augmente. Résultats : le client paiera plus cher au final ! ».

 

Et même si Leclerc annonce qu’un pharmacien sera sur place pour conseiller la clientèle, le problème ne sera pas résolu pour autant. Mon interlocuteur livre que « si le pharmacien n’a pas atteint ses objectifs de vente du mois, il ne restera pas longtemps en place. Ainsi, il serait contraint de ne pas refuser la vente de certains médicaments, même s’il juge que le produit n’est pas adapté à l’individu ». Commerce oblige ! Balayant ainsi l’objectif de santé publique…

 

 

De plus, ajoute M. Begey, il faut savoir que la concurrence existe déjà entre les pharmacies. Effectivement, au détour d’une conversation entre collègues, j’ai personnellement entendu l’un d’eux qui rapportait avoir payé au prix fort un produit de consommation courante, alors qu’il était quatre fois moins cher dans une autre officine ! « Il n’existe pas d’harmonisation des prix » constate l’homme.

 

 

Alors, les médicaments en grande surface, une bonne chose ? Qui vivra verra…

 

pharmacie 0808142

 

 

 

       

 

 

 

 

 






6 commentaires sur “Médicaments en grande surface”

  1. Daniel Z dit :

    Comment avoir une vision juste de notre société …..

    http://www.la-croix.com/Actualite/Economie-Entreprises/Economie/Pharmaciens-opticiens-et-ambulanciers-en-tete-des-revenus-du-commerce-2013-12-03-1070382

    «  » Le millésime 2013 de Chiffres et commentaires publié par la Fédération des centres de gestion agréés (FGCA) vient de livrer une radiographie de l’activité des commerçants et artisans…..

    Au top 5 des revenus moyens annuels bruts les plus hauts … on trouve les pharmacies (175 900 €), les opticiens-lunetiers (92 200 €), le transport de malades : ambulance ou taxi ambulancier (75 500 €), les prothésistes dentaires (68 400 €) et les cafés-tabacs-jeux (61 700 €). » »

    Amitiés

  2. SAILORMN dit :

    L’usage Jusqu’alors voulait que les revenus d’un métier soient en relation avec le niveau d’étude nécessaire pour sa pratique (un couvreur meilleur ouvrier de France mieux payé qu’un zingueur juste titulaire d’un C.A.P.) sans le moindre mépris pour les gérants de tabac café-jeux (il en faut aussi)il me semble que le niveau d’études et de responsabilité ne tiens guère la comparaison avec le(la) pharmacien/ne d’à coté du buraliste qu’en la fin de l’année la pharmacie dégage plus de revenus que le bureau de tabac, je ne vois vraiment pas ce qui y a de choquant la dedans (?) Jeune bac en poche, à quoi bon se casser la tête dans les études pour faire çi ou ça ? autant profiter de sa jeunesse sortir avec les copains, copines que de potasser telle matière(pas toujours passionnante à 20 ans!) ou telle autre si au final c’est pour être payer pareil que tout le monde ! Et quel perspective pour une société qui ne forme plus de diplômés ? Qui ,et avec quel compétence trouvera et validera les nouvelles molécules dont nous avons encore grand besoin dans tous les domaines ou les traitements sont encore insuffisants (cancers, maladies neurodégénératives)? je ne suis d’aucune relation avec cette profession , ne l’étant pas moi même, pas un seul « apothicaire » dans mon arbre généalogique ,je tiens à le préciser mais de là à mettre le Prozac, le Viagra en tête de gondole de la superette du coin ? ( si concurrence il doit y avoir pourquoi se limiter aux seuls Leclerc? ) il faudra accepter les dérives de la logique mercantile: semaine du Prozac à la rentrée, le viagra vendu par lot de trois boites avec un préservatif gratuit ou des petites photos de star du porno à collectionner ? ( pour faire baisser les prix ce qui marche pour le shampoing douche… pourquoi pas pour les reste ?)

  3. KIRI dit :

    Disons que jusqu’à présent, le lobby des pharmaciens avait la main assez longue et était suffisamment « puissant » pour défendre sa très grosse part du gâteau. Car comme le faisait remarquer Daniel Z, les pharmaciens font, depuis toujours, partie des professions pouvant se dégager des revenus bien au-dessus de la moyenne.

    Pas étonnant que d’autres lobby aujourd’hui plus puissant veuillent s’octroyer cette part de gâteau…

    La France est vouée à devenir un pays de pauvres ou seul quelques uns auront tout.

    Bienvenue aux pharmaciens dans la « France d’en bas ».

  4. Daniel Z dit :

    Merci, Sailormn, pour cette contribution courtoise.

    Pourquoi les revenus découleraient ils de la possession de diplômes ?

    Pour moi, le salaire ne devrait découler que de l’efficacité.
    N’est ce pas ce qui se passe partout où la concurrence existe ?
    A résultat égal, salaire égal, avec ou sans diplômes…. Nous en sommes loin !

    La confirmation que compétence n’est pas équivalent à droit, c’est l’instauration des clausus numérus et des monopoles!!

    Est ce que les productions réalisées par des « titrés » sont en rapport avec l’importance que l’on accorde depuis quelques décennies à nos « diplômes » et que valent ils réellement (parfois financièrement) ? L’état global du pays ne fournit il pas une bonne indication ?

    Sont ils la preuve d’une compétence ou de l’adéquation avec un système éducatif ?

    Concernant la santé, pour moi, la référence, c’est les médecins qui prescrivent les produits et définissent les doses.
    La vente de ces produits ne relève t’ elle pas de l’action commerciale.

    La dérive mercantile ? Mais c’est déjà le cas non ?
    Tous les intervenants cités monnayent leur prestation le plus cher possible…
    Et c’est d’autant plus facile quand ils sont en situation de monopole.

    L’étude citée semble bien indiquer les secteurs où les marges sont les plus élevées non…
    Plus importante que celles des grandes surfaces, qui elles, bénéficient de l’amplification due aux volumes non ?

    Amitiés

  5. Electron libre dit :

    Face à son incapacité chronique à résoudre la plupart des problèmes économiques inhérents à l’organisation de notre société , la caste politique (toutes obédiences confondues) est passée « maître » dans l’art du subterfuge consistant à faire endosser les difficultés de certains par une minorité de « soit-disant » « privilégiés »!

    Bien que la « ficelle » soit un peu grosse , la manœuvre est certes très habile , car elle peut se prévaloir du soutien de tenaces préjugés répandus et entretenus dans l’opinion public , ainsi que de la grande malléabilité d’esprit du « peuple souverain » !
    Alors que depuis des décennies , « on » incite la population à vivre largement au dessus de ses moyens , on veut aujourd’hui lui faire croire qu’«on » se soucie de son pouvoir d’achat !!

    Les temps sont aux réformes … soit !
    Mais , quitte à bouleverser les « acquis supposés injustifiés » de certaines professions , autant le faire avec intelligence et discernement !

    Pour ma part , je pense qu’il est nécessaire et même vital pour la pérennité du système de santé publique de réformer sans attendre le statut du pharmacien d’officine !
    Le moment est en effet venu de donner aux disciples de « Gallien » , la place qui leur revient de droit !

    Contrairement au Dr en médecine qui prescrit le médicament sur indications de l’industrie pharmaceutique par le biais de délégués qu’il reçoit régulièrement à son cabinet , le Dr en pharmacie connaît et maîtrise la « molécule » !
    Pourquoi ne pas lui donner la responsabilité du traitement ?
    Ce qui , à mon humble avis , ferait faire des économies substantielles à la sécurité sociale , et sortirait le pharmacien du rôle « d’épicier de luxe » dans lequel l’opinion public se complaît à le représenter !

    Il faut savoir qu’un grand nombre d’ordonnances comportent des « doublons » de molécules , ou une liste impressionnante de médicaments qui n’ont aucune efficacité dans les pathologies qu’ils sont censés traiter !

    Ce fameux « monopole » tant décrié , n’est autre que le fruit de six années d’études extrêmement difficiles et soutenues , sanctionnées par une thèse de doctorat qui n’est pas acquise d’avance !

    Vient-il à l’esprit de contester le monopole des coiffeurs ou des huissiers de justice ?
    Non … Alors pourquoi « s’acharner » sur celui des pharmaciens ?
    Tout simplement parce que contrairement aux médecins ou aux chirurgiens-dentistes , ils « reçoivent » dans un lieu beaucoup moins solennel qu’un cabinet aseptisé , les mettant ainsi en prise directe avec un public « désinhibé » et irrespectueux de la fonction !
    Six années d’études qui confèrent la compétence de commenter une ordonnance et d’expliquer la molécule pour entendre de la part des patients : « Oui … c’est bon , je lirai la notice … » ou bien « Oui … je sais … j’ai regardé sur internet .. » !!
    Décevant … non ?
    Ces situations ne se produiraient pas si le pharmacien avait l’entière maîtrise de sa profession !

    Quant au « numerus clausus » dont tout le monde parle mais auquel personne ne comprend rien , sachez qu’il est établi , non pas pour assurer une « manne » financière aux titulaires d’officines , mais tout simplement pour porter l’accès aux soins , au plus proche du domicile de chaque membre de la population !

    Bien amicalement !

  6. Daniel Z dit :

    Bonjour ami Electron Libre.

    C’est toujours un très grand plaisir que de vous lire.

    Dommage que votre réaction soit publiée si tardivement car votre point de vue est toujours très enrichissant.

    Effectivement, le clausus numérus est présenté comme une procédure bénéfique pour la société…. Pourtant :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Numerus_clausus_dans_l%27admission_aux_%C3%A9tudes_m%C3%A9dicales_fran%C3%A7aises

    Le résultat actuel, c’est que les jeunes français sont refoulés hors études et nous importons des personnels formés à l’étranger….
    Parfois, notre attitude frise le comique, comme cet homme politiques qui propose que la France forme les médecins pour les pays qui nous exportent leurs malades !!!
    Ou encore qu’il faille parfois faire 30 km pour trouver le pharmacien de garde..alors que l’agglomération en comporte 28, rien que sur Montceau Blanzy, Le Creusot….

    Perso, je conteste tous les monopoles car ils bloquent la concurrence, et par là, l’évolution.
    D’autant que dans une société corrompue comme l’est devenue la nôtre, l’égalité des chances est souvent pipée par le système.

    Nul doute que le doctorat puisse se trouver facilement, mais le pharmacien en officine n’utilise t’ il pas, lui aussi, les publications des laboratoires ?

    Et l’échange du médicament d’un de mes amis l’a tout simplement envoyé aux urgences.

    Si je vous ai bien compris, vous préconiseriez que le traitement des pathologies soient effectué par un binôme, le médecin localisant le problème et le pharmacien choisissant les médicaments ?

    L’idée parait intéressante, mais que de conflits en perspective non ?

    Au plaisir de vous lire et, qui sait, de vous rencontrer si je passe un jour à Chamonix….

    Amitiés