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vendredi 19 juin 2026 à 05:26

CODEF (Collectif des Usagers des hôpitaux)

Robots « sociaux » à l’hôpital : l’innovation comme écran au désengagement



 

Communiqué :

 

« « On n’arrête pas le progrès. » À entendre la Haute Autorité de santé (HAS) présenter les « robots sociaux » comme une perspective d’avenir, l’innovation technologique semblerait offrir une réponse aux défis du système hospitalier. Mais derrière ce récit séduisant, le CODEF voit surtout se dessiner une dérive préoccupante.

La HAS évoque des machines capables d’interagir de manière « empathique », destinées à accompagner des personnes âgées ou en situation de handicap, en complément des interventions humaines. En réalité, cette « complémentarité » apparaît de plus en plus comme un simple effet de langage. Car dans les établissements de santé, chacun connaît la situation : pénurie de personnels, épuisement des équipes, difficultés de recrutement, recul de la formation. Ces constats ne relèvent ni du hasard ni d’une fatalité, mais bien de choix politiques et budgétaires assumés depuis des années. Dans ce contexte, promouvoir des robots dits « sociaux » revient à entériner un glissement : celui qui consiste à substituer à la relation humaine des dispositifs technologiques, faute d’avoir maintenu les moyens humains nécessaires.

Le CODEF le dit clairement : il ne s’agit pas d’un simple progrès, mais d’un risque de renoncement organisé. Les directions hospitalières et les pouvoirs publics ne peuvent se défausser de leur responsabilité en invoquant l’innovation. Investir dans des machines capables de « simuler » l’empathie, alors même que l’on renonce à garantir une présence humaine suffisante, constitue un signal préoccupant quant à la conception même du soin. Faut-il désormais considérer que « parler » à un robot, aussi sophistiqué soit-il, puisse tenir lieu d’accompagnement ?

Que l’isolement et la vulnérabilité puissent être traités par des interfaces programmées ? Et surtout, que ces solutions deviennent acceptables parce qu’elles seraient moins exigeantes en termes de ressources humaines ? À cela s’ajoute une question budgétaire majeure : ces technologies ont un coût élevé, qui interroge directement les priorités publiques. Comment justifier de tels investissements quand, dans le même temps, les moyens humains font défaut au quotidien ? Le CODEF refuse que la fascination pour l’intelligence artificielle serve d’alibi à l’érosion continue du service public hospitalier. L’innovation ne doit pas devenir le masque d’un désengagement. Oui, la technologie peut apporter un appui. Non, elle ne doit en aucun cas devenir un substitut à la relation humaine.

Le CODEF appelle les pouvoirs publics, les agences sanitaires et les directions d’établissement à assumer leurs responsabilités : celles de garantir un soin fondé sur la présence humaine, la compétence et la dignité, et non sur une délégation croissante à des dispositifs automatisés. Le progrès véritable ne consiste pas à remplacer l’humain quand il vient à manquer. Il consiste à lui donner les moyens d’être présent. »

 



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