« Comprenne qui voudra ! »
Par Georges Legras
« L’Assemblée Nationale unanime a hier mardi applaudie debout l’émouvante intervention de Marilyse LEBRANCHU évoquant le “châtiment “ promis à cette jeune femme Iranienne et dont on ne sait aujourd’hui s’il est ou non exécuté ?
La sinistre sanction venue de la nuit des temps appartient à la diabolisation de la Femme , entretenue ,au cours des siècles, par d’inqualifiables croyances et leurs prédicateurs criminels .
Alors il est revenu à mon esprit des images de 1944 , j’étais à quelques semaines de mes quinze ans ,et dans l’exaltation des journées de libération , je revois ces pauvres créatures ,humiliées ,dont on avait rasé totalement le crâne pour y dessiner grossièrement des svastikas ,et les ayant juchées à trois sur une imposante barrique , disposée devant les grilles du square de l’Eglise N.D. existant à l’époque côté rue Danton on leur faisait cirer des brodequins militaires . Elles avaient été conduite par de courageux fier-à-bras ,le “mauser “ allemand en bandoulière ,récupéré la veille sur le ballast de Galuzot ….
“Comprenne qui voudra “ est le titre d’un poème sublime d’ELUARD ,qu’un jour ,au cours d’une conférence de Presse ,le Président Georges POMPIDOU rappela fort opportunément » .
Pour ne pas oublier le voici en intégral :
En ce temps là,
Pour ne pas châtier les coupables,
On maltraitait les filles.
On allait même jusqu’à
Les tondre.
Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur le pavé
La victime raisonnable
A la robe déchirée
Au regard d’enfant perdue
Découronnée défigurée
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés
Une fille faite pour le bouquet
Et couverte
Du noir crachat des ténèbres
Une fille galante
Comme une aurore de premier mai
La plus aimable bête
Souillée et qui n’a pas compris
Qu’elle est souillée
Une bête prise au piège
Des amateurs de beauté
Et ma mère la femme
Voudrait bien dorloter
Cette image idéale
De son malheur sur terre
Paul ELUARD (1944)

