Deuxième épisode du conte de Noël « Le Cadeau »
Par H. Ruben
Notre ami H. Ruben, nous a adressé un texte où il fait toujours autant preuve d’humour décalé mais non dénué d’un certain bon sens ; jugez-en par vous même.
**********************************
Comme promis, voici le deuxième épisode du conte de Noël « Le Cadeau » dont le premier épisode a été publié sur https://montceau-news.com/montceau_et_sa_region/107420-le-cadeau-par-aimee-marsel.html
H. RUBEN
Jeannette avait aussi des principes quant au choix des cadeaux de Noël : ni tabac, ni chocolats, si possible, de son point de vue, des cadeaux utiles, voire « développement durable », pas trop onéreux, un seul par personne et peu volumineux, plus pour marquer le coup, être dans la norme. Elle réservait les vrais cadeaux aux intimes et aux moments moins convenus, fêtes et anniversaires ou même sans raison, pour le plaisir d’offrir et de voir le regard de l’autre s’éclairer.
Oui, elle avait des principes, certes et aussi des superstitions. Elle se souviendrait longtemps de la ménagère en inox offerte à son neveu à l’occasion de son mariage. Enfin, son mariage ! ! Lui et sa femme vivaient ensemble depuis huit ans et avaient déjà trois enfants mais pour que la banque débloque le prêt nécessaire au fonds de commerce, il fallait se marier, le PACS n’existait pas encore. Elle avait complété par une douzaine de couteaux assortis, malgré l’opposition de son mari qui s’en tenait au dicton « on n’offre jamais de couteaux, ça coupe l’amitié ». Trois semaines après, la jeune mariée levait le pied avec un fournisseur en vaisselle et articles de cuisine.
Malgré le temps qui s’était écoulé, ce sujet restait encore douloureux entre sa sœur Juliette et elle. La panoplie de Zorro avec cape, chapeau, épée et surtout pistolet avait failli provoquer un autre drame : sa belle-fille était, à l’époque d’une hostilité farouche à tout ce qui pouvait développer, même exacerber l’agressivité latente de Jonathan, leur premier garçon. Même scénario pour la première Barbie à la première fille. A l’entendre, Il faudrait des jouets non sexués pour promouvoir la future égalité hommes-femmes. Les mensurations anormales de ce type de poupée mèneraient les futures adolescentes à l’anorexie. Heureusement quinze années plus tard, les certitudes de sa belle-fille avaient reculées, vaincues par la réalité. Jeannette était sure que leur prochain bébé ne connaîtrait jamais ce type de prévention. Il n’empêche que ces incidents avaient enseigné à Jeannette la prudence.
A « Connaissance du Monde » dont elle ne manquait aucune conférence, elle avait compris qu’offrir n’était pas un acte simple. Elle se souvenait des Esquimaux qui proposaient leurs épouses aux visiteurs, son mari n’avait-il pas déclaré qu’il partirait bien passer des vacances au Pôle Nord ? Certaines coutumes l’avaient étonnée, voire choquée comme celle-ci mais en définitive, elle en avait dégagé le caractère commun : pas de présent qu’on ne puisse rendre, dans ce cas celui qui reçoit se sent humilié, pas de discussions sérieuses sans échanges de menus objets et sur ce plan, il n’y a aucune différence entre les verroteries des africains ou des canaques et les coûteux objets des sommets présidentiels, la plupart des cadeaux sont soit rituels – et ne pas respecter la coutume est un manque de savoir-vivre, parfois un crime, soit engagent la personne qui offre autant que celle qui reçoit.
Aimée MARSEL
Le Cadeau (Fin de la deuxième partie, suite et fin l’année prochaine)



