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vendredi 11 novembre 2011 à 06:48

« L’aigle et l’étourneau »

Par H. Ruben Un poème de Jean de l'Abreuvoir



Notre ami H. Ruben, nous a adressé un texte où il fait toujours autant preuve d’humour décalé mais non dénué d’un certain bon sens ; jugez-en par vous même.




Mon ami, Jean de l’Abreuvoir, a été fasciné par les agitations de la zone euro et surtout effaré par la volonté évidente de désigner des boucs émissaires pour les rendre responsables  de tout. Je vous transmets cette fable européenne, pur produit de son imagination. N’y voyez rien de plus.


H. RUBEN




L’aigle et l’étourneau


–  « Au secours ! Au secours ! » Appelait le voisin
D’un aigle magnifique, à l’abri du besoin.
– « Que vous arrive-t-il donc pour crier de la sorte ?
Vous êtes presque ruiné, et alors que m’importe.
Je trimais jour et nuit, en suant sang et eau.
Et vous, sans inquiétude,  dansiez le sirtaki »


– « Au secours ! Au secours ! Grand Aigle, mon voisin
Venez m’aider à joindre les deux bouts.
– Que se passe-t-il mon bon ? Vous n’avez-plus de sou ?
Lorsque, jour et nuit, je m’échinais au turbin
Vous, vers les dix heures, pour  votre desayuno  
Dégustiez tortilla, chorizo, poivrons frits.


– Au secours ! Au secours ! Je ne peux plus payer
Les fins de mois sont dures, on risque la faillite.
– Je ne comprends pas bien. Mais qu’est ce que vous dites ?
Votre chef est parfait : le sourire éclatant,
Le cheveu impeccable et des filles à croquer.
Et nous, nous travaillons sans prendre du bon temps.


– Au secours ! Au secours ! Nous croulons sous les dettes.
Il vous faut nous aider. La dépression nous guette.
– Tiens donc. Vous aviez tout : le porto, le fado,
Un climat merveilleux, les beignets de morue.
Mais nous, à l’opposé, sommes rois du boulot,
Évitons les excès, réprimons les abus. »


L’Aigle aurait bien voulu profiter de sa rente.
Son jabot se gonflait. Il était ce héros
Que l’on craint en effet tout autant qu’on l’admire.
Son calme, son port altier affrontant la tourmente
Lui valaient les faveurs d’un petit étourneau
Qui le suivait partout en l’appelant : « Beau Sire »


Et sautillait sans cesse. Car il s’enorgueillissait
De sa proximité avec le grand oiseau.
Même il en rajoutait : « Oui, c’est bien fait pour eux,
Ils n’avaient qu’à bosser, à l’instar de nous deux. »
Alors, baissant la tête pour se mettre à niveau
L’Aigle lui susurra : « Et tes déficits, mon poulet ? »


Jean de L’Abreuvoir






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