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dimanche 8 mars 2026 à 04:46

Influenceurs à Dubaï : luxe, millions… et retour vers la France quand le danger arrive

  Un modèle qui interroge contribuables et autorités.



 

Influenceurs à Dubaï : quand la guerre rappelle quelques réalités. C’est ce qui nous a frappés à Montceau News, il y a là comme un coup du sort qui tranche tellement avec l’horreur de ce que les gens vivaient sur le terrain.

Ces derniers jours, les tensions au Moyen-Orient et les bombardements liés à la guerre autour de l’Iran ont ravivé l’inquiétude dans plusieurs pays du Golfe.

Sur les réseaux sociaux, certains influenceurs français installés à Dubaï, au Qatar ou Abou Dhabi ont exprimé leur peur et évoqué la possibilité de quitter la région. Certains ont même demandé l’aide des autorités françaises pour rentrer.

Cette situation a provoqué de nombreuses réactions en France. Car depuis plusieurs années, ces influenceurs mettent en avant leur installation à Dubaï, souvent présentée comme un paradis du soleil, du luxe… et d’une fiscalité beaucoup plus légère que celle de la France. Et pour les contribuables que nous sommes dans le bassin minier, il y avait là une incongruité immorale.

 

Les influenceurs vivent principalement de la publicité. C’est un modèle économique très lucratif. Avec des centaines de milliers ou des millions d’abonnés, ils monétisent leur audience via des publications sponsorisées, des codes promotionnels, la promotion de marques personnelles, la vente de produits ou de services. Il faut noter que le marketing d’influence représente aujourd’hui plus de 500 millions d’euros d’investissements publicitaires par an en France. Dans le bassin minier, nous sommes loin de ces montants pour toutes les initiatives innovantes et productives que nous prenons.

Les villes comme Dubaï ont compris l’intérêt de ces vitrines numériques et encouragent ce type de visibilité touristique.

Quand certains influenceurs ironisaient sur “les Français qui paient des impôts”, l’installation de créateurs de contenus à Dubaï a parfois suscité des critiques en France. Dans certaines vidéos ou publications, certains influenceurs se vantaient ouvertement de vivre dans un pays sans impôt sur le revenu et ironisaient sur les Français restés au pays, présentés comme les “payeurs d’impôts”, des « pigeons ». Une communication qui a pu choquer une partie de l’opinion publique. Car derrière ces images de réussite, les services publics français, écoles, hôpitaux, sécurité, diplomatie, continuent d’être financés par les contribuables.

 

Dans ce contexte, l’actualité internationale crée une situation paradoxale et amène un retournement de situation, qui, pour être parfois angoissant, n’en est pas moins cocasse. Face à l’inquiétude provoquée par les tensions militaires dans la région, certains expatriés évoquent aujourd’hui la possibilité d’un rapatriement vers la France. Or ces opérations d’évacuation ou d’assistance consulaire sont financées par l’État français… donc par les contribuables.

Pour beaucoup d’observateurs, le contraste est frappant entre l’image de liberté fiscale souvent revendiquée et l’appel à la solidarité nationale lorsque la situation devient dangereuse.

 

Mais il n’y a pas que ça qui choque les observateurs, les contribuables et les citoyens de base. Il y a aussi des affaires judiciaires qui ont terni l’image du secteur. Plusieurs influenceurs ont également été rattrapés par la justice ces dernières années. Citons quelques exemples marquants :

– Maeva Ghennam, influenceuse suivie par plusieurs millions d’abonnés, a été condamnée en 2025 à un an de prison avec sursis pour pratiques commerciales trompeuses.

– Rym Renom a été condamnée la même année par le tribunal correctionnel de Versailles à un an de prison avec sursis et 25 000 € d’amende pour la promotion d’injections esthétiques illégales.

– L’influenceur Aqababe a fait l’objet de plusieurs plaintes pour escroquerie et pratiques commerciales trompeuses. L’affaire fait l’objet d’enquêtes judiciaires.

Plus largement, la répression des fraudes (DGCCRF) a contrôlé plus de 260 influenceurs en 2024 et 110 dossiers présentaient des irrégularités. Du coup plusieurs procédures ont été transmises à la justice.

Ces dérives ont conduit la France à adopter en 2023 une loi encadrant l’influence commerciale, avec des sanctions pouvant atteindre 2 ans de prison et 300 000 € d’amende.

 

La question que nos lecteurs nous posent souvent, c’est « combien gagne vraiment un influenceur installé à Dubaï ? ». Les revenus exacts sont rarement publics, mais les estimations du secteur donnent des ordres de grandeur.

Pour un influenceur très suivi une publication sponsorisée rapporte de 5 000 à 20 000 €, une story sponsorisée se chiffre de 1 000 à 5 000 €, le partenariat annuel avec une marque peut parfois atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros. Certains créateurs cumulant plusieurs millions d’abonnés peuvent gagner plusieurs millions d’euros par an grâce à leurs activités en ligne. Ces revenus sont souvent très supérieurs à ceux de nombreux métiers essentiels. Car en France, où l’on paie des impôts, une caissière de supermarché gagne en moyenne environ 1 400 € net par mois, une infirmière hospitalière débute autour de 1 800 à 2 000 € net mensuels, selon l’ancienneté. L’écart est donc considérable entre ces professions et certaines fortunes rapides issues des réseaux sociaux. Le travail réel aussi, ainsi que la pénibilité.

Le phénomène des influenceurs est devenu une véritable industrie. Car il évolue entre rêve numérique et réalité. Pour les marques, c’est un outil marketing puissant. Pour les villes comme Dubaï, c’est une vitrine touristique mondiale.

Mais les événements récents rappellent aussi une réalité : derrière les images de luxe et de réussite, il existe des questions très concrètes de responsabilité, de fiscalité et de solidarité nationale.

Et lorsque la situation internationale se tend, même les stars des réseaux sociaux découvrent parfois que leur dernier filet de sécurité reste l’État dont elles sont ressortissantes.

 

Au fond, cette affaire raconte surtout une vieille histoire française remise au goût des réseaux sociaux.

Pendant des années, certains influenceurs ont expliqué que la France était trop fiscale, trop compliquée, trop contraignante. Direction donc les tours de verre de Dubaï, les piscines sur les toits et les comptes bancaires bien au soleil.

Mais lorsque les missiles passent dans le ciel et que l’inquiétude remplace les selfies, c’est vers la France que certains se tournent pour demander protection, assistance ou rapatriement.

Comme quoi, même à l’ère des influenceurs et des fortunes numériques, les vieux proverbes gardent leur actualité.

Car on ne peut pas toujours avoir le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière… surtout quand on s’est installé au pays de l’huile d’olive.

 

Gilles Desnoix

 

Sources : DGCCRF – Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, Ministère français de l’Économie et des Finances, Légifrance, Cour administrative d’appel de Paris, Tribunal correctionnel de Versailles, Tribunal correctionnel de Paris, ARPP – Autorité de régulation professionnelle de la publicité, France Pub – Observatoire des investissements publicitaires, Dubai Department of Economy and Tourism, Qatar Tourism Authority, Le Monde, Le Parisien, France Info

 

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3 commentaires sur “Influenceurs à Dubaï : luxe, millions… et retour vers la France quand le danger arrive”

  1. Daniel Z dit :

    Félicitation pour la qualité de vos articles.

  2. pat-ounet dit :

    je dirais à ces Messieurs-Dames :  » vous avez fait un choix il y a quelques années, c’est acté et DEFINITIF  » !!!!!!!!!!!!!!!

  3. Jorge Ferreira dit :

    D’ou l’intérêt de l’impôt universel. Si tu veux être français, même en double ou triple nationalité, t’assumes tes devoirs et ne réclames pas seulement tes droits.
    Et tu payes des impôts, taxes et cotisations, quelle que soit ton lieu de vie.
    Pourquoi ne pas commencer par faire payer à la source, CSG, RDS, Sécu et IR, à tous ceux qui perçoivent des revenus payés par la France?

    L’impôt universel (ou « impôt sur la nationalité » / « citizenship-based taxation ») est un principe fiscal selon lequel un État impose ses citoyens sur l’ensemble de leurs revenus mondiaux, quel que soit leur lieu de résidence fiscale effective.
    Contrairement au système français classique (basé sur la résidence fiscale), ce modèle lie l’obligation fiscale à la nationalité plutôt qu’au lieu de vie ou de domicile. Les États-Unis appliquent ce principe de manière très large (avec des mécanismes d’exit tax et des crédits pour impôts étrangers payés), tandis que des propositions en France (souvent qualifiées d’« impôt universel ciblé ») visent généralement une version limitée : imposition temporaire (ex. 5 à 10 ans après départ), ciblée sur les hauts revenus et/ou vers les pays à très faible fiscalité, avec crédit d’impôt pour éviter la double imposition.
    En résumé :

    Principe de base → Tu restes imposable dans ton pays de nationalité même si tu vis et gagnes ta vie ailleurs.
    Objectif affiché → Lutter contre l’exil fiscal des plus fortunés vers des paradis fiscaux.
    Réalité actuelle en France (mars 2026) → Ce principe n’existe pas de façon générale ; les débats récents (notamment budgets 2025-2026) ont rejeté les versions « ciblées » proposées.