Collectif « Lucy » (Bassin minier)
Des actions en prévision pour sensibiliser les pouvoirs publics, la population, les entreprises du bassin etc.
Dans le cadre de la défense et de l’avenir du site de la Centrale Thermique de Montceau-les-Mines, le collectif « Lucy » a tenu, ce jeudi 22 septembre 2011, une réunion afin d’informer d’une part les salariés sur l’avancée du dossier et d’autre part la population locale sur les conséquences industrielles et sociales pour le bassin en cas d’arrêt total.
Cette rencontre a permis d’expliquer à la population présente les craintes sur la défaillance du réseau électrique français quant aux conséquences de ces choix . Cette rencontre, qui en comptera d’autre, a permis de débattre et de faire émerger des solutions pour assurer l’avenir industriel du site de Lucy. Pour mémoire, ce collectif est né suite aux intentions d’Eon d’arrêter prématurément 5 tranches en France sans assurer l’avenir industriel de tous les sites. Lucy fait partie de ces sites en danger.
Ce site dispose aujourd’hui d’une tranche de 250 MW au charbon qui devait être remplacé par une nouvelle tranche gaz de 430 MW. Cependant, et suite à un revirement de stratégie, Eon, l’actionnaire unique de SNET depuis fin 2009, décide de geler le site afin de l’utiliser éventuellement si des conditions économiques plus favorables s’offre à lui.
« Eon argumente ses choix par des prétextes économiques et techniques qui sont pour nous, organisations syndicales, une conséquence voire un outil créé par Eon et non une cause » expliquent les responsables du collectif qui ajoutent : « en effet, Eon explique que la situation économique de l’entreprise va se dégrader à partir de 2013 mais se refuse d’investir alors qu’il y a des potentialités énormes pour la SNET dans le THF. Cependant, est-ce la pointe qui l’intéresse ou le nucléaire français ? De plus, avec un bénéfice net de 4,9 M€ en 2010 et une prévision de 4 milliards en 2011, Eon n’est pas dans une situation économique désastreuse. Cependant les actionnaires, eux, exigent des garanties sur les dividendes par actions et se sont vus confortés par une garantie d’un dividende à 1.30€/action pour les prochains exercices. A noter cependant qu’une révision des dividendes à 1€/Ac n’est pas exclu suite au changement de cap du gouvernement allemand vis-à-vis du nucléaire français« .
Pour eux, l’histoire industrielle du département est née avec l’exploitation du bassin minier et malgré les différentes crises, cette tradition reste un atout dans le département en termes de ressources humaines et de savoir-faire : « Nous sommes persuadés que la dépendance énergétique totale de notre département et de notre région est une situation risquée » concluent-ils.
Explications complémentaires
Le collectif précise que le personnel de Lucy, dans sa majorité, exige d’ores et déjà que la direction respecte ses engagements pris en 2010 dans le cadre de l’exploitation de la tranche 3 mais…
« Nous savons tous aujourd’hui qu’Eon n’est pas en mesure d’assurer son plan d’investissements initialement prévu. Lucy faisait partie de ce plan. Par sa politique et sa stratégie, Eon a fait de la SNET une coquille vide qui est ni plus ni moins qu’une entreprise sous-traitante pour Eon Energie Traiding. Lorsque Eon a racheté SNET, elle a très vite connu l’évolution de la marge brute (rentabilité de l’entreprise), mais n’a pas souhaité malgré cela faire évoluer les outils de production. De plus, par le biais de sociétés de projets, sous prétexte de construire des partenariats, Eon se donne la facilité de pouvoir prendre son temps, voire céder des actions des ses filiales sans aucune crainte d’être ralenti par les organisations syndicales. Les actifs comme Lucy valent cher et on craint qu’ils vaillent encore plus cher sans personnel.
Dès l’annonce du 8 juin, il a été question pour la direction de négocier des mesures sociales sans même réfléchir aux différentes mesures économiques et techniques qui permettraient de sauver les sites. La question est de savoir si l’intention était de sauver les sites ou de les valoriser pour d’autres ? Nous pouvons prendre le cas de la tranche 4 de Gardanne qui était condamnée mais qui, grâce à l’insistance du personnel, a réussi à trouver un espoir dans une conversion biomasse faisant de cette tranche le plus grand projet biomasse de France. Que dire du site de Martigues d’EDF qui a reconverti une tranche fioul en tranche gaz grâce à un Repowering (technique permettant d’utiliser le génie civil initial et d’adapter l’installation au gaz) limitant les coûts de réalisation de plus d’1/3 pour la même puissance. Et sur Lucy que pouvons nous faire ?
Certains ont cru que les mesures sociales étaient annoncées parce que la situation économique était intenable, mais aujourd’hui on sait que c’est surtout une stratégie d’entreprise et que demain Eon ne pourra nullement justifier la vente d’actifs et l’abandon des projets. L’argumentaire économique n’est pas une cause mais un outil mis en place par Eon pour justifier ses actions en France. Le marché français est trop rigide pour l’appétit d’Eon. EDF a un monopole trop puissant pour les actionnaires Allemands. Eon, mais pas seulement eux, souhaitent que le marché français se déstabilise et que le tarif ne soit plus régulé. Que dire si la péréquation tarifaire est remise en cause faute de moyens de production dans certaines régions (même tarif partout en France).
Une aide de l’état garantissant les capacités de pointe serait même bienvenue. Ce qui est certain c’est que le temps n’est pas en faveur d’Eon et qu’il lui faut accélérer la cadence si elle veut se séparer de ces 535 salariés un peu encombrants.
En effet, d’ores et déjà le RTE annonce un risque grave de défaillance fin 2015 – début 2016 de l’ordre de 2700 MW.
De plus, alors qu’il est prévu une augmentation de la consommation française de plus de 1% par an, vont se conjuguer :
des arrêts décennaux et/ou grands travaux dans le nucléaire qui vont augmenter l’indisponibilité d’une partie du parc dès 2014,
l’arrêt des installations du parc thermique à flamme sous directive GIC entre 2013 et 2015 (3600 MW),
l’augmentation de la dépendance aux importations par les pays frontaliers puis atteinte des capacités maximales d’échanges dans les années qui suivront à défaut d’investissement dans les capacités d’échanges,
la limitation du fonctionnement des tranches fioul, outils de pointe, à 500h/an pour une puissance de 5200 MW,
l’augmentation de l’éolien (25000 MW) jusqu’en 2020 avec des incidences fortes sur le réseau du fait que c’est une puissance non garantie en cas d’absence de vent.
Dès 2015, la demande dans la pointe sera bien supérieure à l’offre. Le marché actuel n’envoie pas de signes adéquats pour l’investissement et les énergéticiens vont provoquer, par une raréfaction de l’électricité de pointe, les conditions à l’investissement.
Malheureusement d’ici là, cela se paiera par une augmentation certaine de l’électricité, sensibilisation des consommateurs, dégradation sociale pour les plus démunis et surtout des mesures autoritaires permettant des effacements, autrement dit du délestage de quartiers et de zones industrielles pour passer la pointe. Des outils comme Lucy 3 ou Lucy 4 participent en partie à la compensation rapide de ces hausses brutales de la demande d’électricité sur notre région. En 2015, des rapports démontrent que nous ne pourrons plus passer certains pics de consommation dus à l’arrêt de toutes les centrales d’Europe sous directive GIC (comme Lucy 3) et à une défaillance du nucléaire français prévisible due à une programmation défavorable des arrêts. Le gouvernement, à travers le rapport POIGNANT-SIDO, écrit noir sur blanc que les coupures seront une des solutions envisageables. La population paiera une électricité bien plus chère qu’aujourd’hui, et n’aura plus de garantie de fourniture continue !
En parallèle, au niveau de la SNET, la Direction a insisté dès 2010 pour que l’on signe un plan social déguisé sous une soi-disant GPEC. Si nous n’avions pas réagi vis-à-vis des mesures sociales envisagées par la Direction et si nous avions accepté de négocier, aujourd’hui moins d’un cas sur 2 serait solutionné à la SNET et plus sur Lucy puisque 4 agents sur 5 n’avaient pas de solution adaptée. En effet, contrairement aux autres sites, Lucy à la particularité d’avoir une population majoritairement jeune, et quant aux plus anciens, la plupart a sa carrière réalisée avec plusieurs régimes différents (régime général, statut mine, statut IEG), ce qui entraîne de grosses disparités de traitement entre ces différentes populations. Cela ne peut pas se régler par un simple accord baclé.
Entre 2009 et 2011 et avec le même argumentaire économique, Eon annonce la suppression de 301 puis 535 postes. Pourquoi 234 de plus ? Pire, en septembre, la Direction nous remet ce qui semble être un nouvel argumentaire économique. L’ancien n’était pas bon ?
On se doit de réfléchir à toutes les hypothèses permettant de sauver le site de Lucy et ses agents et ce en priorité dans l’énergie.
En parallèle, le Collectif se doit d’analyser l’ensemble des projets industriels réalisables sur le site et acceptables par la population. Cette analyse doit être complétée par un « Contrat d’Etude Prospective » relatif aux différentes démarches d’appui aux mutations technologiques. Ce CEP permettrait par exemple d’analyser les besoins énergétiques de la région et les conséquences de la fermeture du site et anticiper éventuellement l’évolution des emplois et des qualifications dans le cadre d’une réindustrialisation différente mais qu’on ne peut rejeter actuellement.
Ce Collectif a été aussi l’occasion d’ouvrir le débat avec les citoyens et de commencer à sensibiliser la population sur les problèmes énergétiques actuels et à venir (surtout à la veille d’élections présidentielles).
Pour les organisations syndicales de la SNET, il est de la responsabilité du groupe Eon d’investir et de l’Etat de créer les conditions du maintien en France des outils de production électrique de pointe.
Pour mémoire nous sommes sur un projet de plus 330 millions d’euros avec plusieurs centaines d’emplois à la clé durant la construction et un tel projet perpétuerait cette culture de l’industrie intimement liée à notre territoire.
Si l’on regarde au cas par cas chaque site on doit trouver des solutions. On doit commencer par prouver que financièrement nous pouvons exploiter la tranche 3 jusqu’à mi 2014 minimum, voir 2015 si les autorisations administratives nécessaires nous le permettent.
On doit rechercher techniquement des solutions alternatives au projet gaz. Y a-t-il des intérêts communs entre le dernier producteur d’énergie en Bourgogne et les électro-intensifs de la région ? Quels sont les potentiels du site de Lucy ?
Rarement dans l’histoire de l’industrie, un projet n’a bénéficié d’autant de soutien que ce soit de la part des salariés, de la population, des élus politiques tous bords confondus et des représentants de l’Etat.
Ce Collectif a permis d’établir une dizaine d’actions à mener dans un premier temps afin de sensibiliser les Pouvoirs Publics, la population, l’ensemble des salariés de la branche professionnelle et les entreprises du Bassin aux conséquences de la fermeture du site de Lucy« .




Un commentaire sur “Collectif « Lucy » (Bassin minier)”
Le pouvoir politique doit intervenir !
La France s’est engagée dans une politique de déréglementation et d’ouverture aux marchés financiers du secteur de l’énergie. Les revers spectaculaires du libéralisme dans le domaine de l’énergie ne sont pas la conséquence d’erreurs de gestion. Ce sont les résultats du système énergétique soumis exclusivement aux lois du marché. Le capitalisme privilégie les actionnaires au détriment des salariés et des usagers. Dans ce contexte libéral, les entreprises privées recherchent un retour sur investissement le plus important et le plus rapide possible. La privatisation de la SNET (fondée en 1995 et issue du Groupe Charbonage de France) avec Endesa (Espagne) et ensuite avec E. On (Allemagne) n’a pas assuré l’avenir des sites en France. Ceci a des conséquence très négatives sur l’économie nationale et locale et sur les personnels directs et indirects. Contrairement au processus d’ouverture du « marché » de l’énergie et de privatisation des entités nationales, il est nécessaire d’assurer le maintien et le développement du service public de l’énergie, en ayant la maîtrise totale de la production, du transport et de la distribution. Une véritable politique énergétique doit être mise en œuvre afin de garantir le droit à l’énergie pour tous. Le service public de l’énergie doit satisfaire aux obligations de desserte, d’égalité de traitement, de continuité de la fourniture, de sécurité et de protection de l’environnement.
N’oublions pas que en mars 2009 dans un communiqué de presse E.ON France s’engageait à développer les Cycles Combinés Gaz ayant plusieurs projet en option, notamment sur des sites Snet. E.ON France affirmait « Sur les sites d’Hornaing et de Lucy, Snet conserve ses options de construction de centrales électriques à cycle combiné gaz de 430 MW. Ces sites présentent un certain nombre d’avantages, au premier rang desquels un fort soutien local et d’excellentes conditions de raccordement aux réseaux de transport de gaz naturel et d’électricité ». Aujourd’hui E.ON prévoit la fermeture de la plus part des centrales SNET, dont Lucy, avec la suppression de 535 emplois ! La SNET, société nationale, a été vendue d’abord à Endesa (Espagne) et ensuite à E.ON (Allemagne). Dans ce jeu de monopoly, les conséquences économiques et sociales sont désastreuses ! Le pouvoir politique laisse faire ?
Silla Bruno, le 26.9.2011