Centrale de Lucy (Montceau-les-Mines)
On vient de passer un pic de consommation d'électricité mais la CGT Mine Energie s'inquiète pour l'avenir !
« Cette dernière quinzaine a été l’occasion de tester le réseau électrique Français. Même si le constat semble concluant nous nous devons d’alerter sur les risques et les conséquences de l’évolution du secteur de l’énergie en France en générale mais la aussi sur les outils de pointe comme Lucy (centrale de Montceau) en particulier.
Assurer l’équilibre à la pointe est un exercice périlleux pour le gestionnaire de réseaux électrique qu’est le RTE, mais c’est aussi un moment d’intense activité pour les outils dits de pointe comme Lucy 3. Tout le monde a pu voir le nouveau record de consommation d’électricité qui a dépassé le cap symbolique des 100 000 MW pour atteindre 100 700 MW le 9 février. La preuve, la situation a été si tendue que le prix du Méga Watt (MW= 1 million de Watt) a atteint la bagatelle de 1900 € lors du pic de jeudi dernier (contre 50 à 60€ en moyenne). Pour ce qui est du gaz, idem avec un nouveau record de consommation lors de la journée de mardi 8 février avec un pic à 3,5 GWh.
Si ce cap a pu être passé sans provoquer de panne géante, dite « Black out », c’est bien grâce à la mobilisation exceptionnelle de tous les moyens de production disponibles en France et son interconnexion européenne, car lors des pointes la France achète au prix fort de l’électricité à nos voisins Européens. Malheureusement on insiste peu sur le fait que seuls 3 réacteurs nucléaires sur 58 étaient absents du réseau et que cette situation favorable pour passer le pic ne le sera plus dans les prochaines années. En effet, une maintenance importante (déjà programmée) du parc électronucléaire en vue de sa prolongation de vie va contraindre l’opérateur historique à réduire la disponibilité de ces outils de production. Certains diront que d’ici là (2015…), l’éolien sera plus disponible, or lors de grand froid comme nous venons de traverser, le pays se retrouve généralement sous anticyclone, synonyme d’absence de vent et donc peu d’énergie éolienne. Pour ce qui est du photovoltaïque, dès la nuit tombée et à défaut de pouvoir emmagasiner l’énergie, son utilité est minime pendant ces périodes d’hiver. Il reste donc au niveau du réseau centralisé et après le nucléaire, l’interconnexion européenne (vite engorgée en hiver avec un maximum d’importations de l’ordre de 12000 MW) et les outils dits « thermiques » comme la veille dame de Lucy ou les nouvelles installations gaz.
C’est avant tout l’occasion de féliciter l’ensemble des agents de la production comme du réseau qui ont réussi, malgré des froids polaires, à maintenir le système en fonctionnement. Depuis maintenant dix jours, les collègues de Lucy et les entreprises extérieures qui y travaillent ont participé à cet exploit de jour comme de nuit.
Les centrales thermiques présentent l’avantage d’être disponibles en quelques heures, de manière fiable et assez décentralisée sur le territoire. Pour information, cette décentralisation est un facteur positif dans le maintient de la tension et de la fréquence du réseau. Toutes ces installations thermiques, quelles soient au gaz ou au charbon sont des éléments indispensables dans le réseau électrique. Malheureusement d’ici fin 2015 sur les 18 GW disponible à ce jour, 3,6 GW (l’équivalent de 4 tranches nucléaires) sont amenés à disparaître principalement pour raisons réglementaires. RTE (rapport 2011) fait d’ailleurs état d’une défaillance importante du réseau dès 2016 pour le passage de la pointe d’hiver et avec à la clé de sérieuses coupures assez localisée.
En parallèle, l’énergéticien Eon, Actionnaire unique de SNET et propriétaire de la centrale de Lucy confirme son intention de fermer Lucy 3 au plus tôt en avril 2013 et annonce qu’il a abandonné le projet initial de tranche au gaz de 430 MW faute de rentabilité suffisante. Comment les salariés et leur famille du site de Lucy peuvent-ils comprendre que l’état accorde à Eon d’accéder au nucléaire et à l’hydraulique Français, tout en condamnant un site comme le leur ? Comment expliquer aux salariés que la rente financière dégagée par l’exploitation des quotas de CO2 n’a pas servi à assurer l’avenir du site ? Pour notre organisation syndicale nous ne pouvons pas accepter cette décision et condamnons tous les acteurs de cet « hold up » sur l’industrie électrique Française.
Alors même que nous disposons d’un site propice à ce type d’installation, que nous avons un appui extraordinaire des citoyens et des politiques toutes tendances confondues, et enfin que le secteur démontre qu’il y a des besoins, notre actionnaire unique sort par la petite porte. L’état se doit de défendre le dernier site de production électrique de bourgogne et d’infléchir la décision purement financière de l’énergéticien Allemand Eon.
Notre syndicat Cgt étudie d’ores et déjà plusieurs projets et défendra coûte que coûte l’avenir du site et de ses salariés. En parallèle il n’est pas non plus acceptable d’être témoin de ce saccage des outils de production de pointe, pour défaut de rentabilité alors que demain, certains foyers et industriels se verront délestés durant le temps nécessaire à ce que la consommation redevienne en adéquation avec la production (rapport Poignant/Sido). Le débat sur le nucléaire ne doit pas occulté le problème des moyens de production de pointe. L’électricité n’est pas une marchandise comme les autres et que ce soit en tant que citoyen, en tant que syndicaliste, industriel, etc… on se doit d’exiger un débat et des réponses sur l’avenir de l’énergie en France».
Claude MARTIN
Délégué Syndical Cgt-Site de Lucy


